Sport : vers le dopage génétique ?

Publié le 24 Juin, 2022

« Le dopage génétique est une utilisation non thérapeutique de la thérapie génique par des athlètes en bonne santé afin d’améliorer leurs performances sportives : des séquences d’ADN ou d’ARN sont introduites dans des tissus spécifiques pour altérer l’activité de certains gènes et l’expression des protéines » explique Valentina Gineviciene, spécialiste en génomique du sport à l’Université de Vilnius.

Ce matériel génétique est constitué « des séquences codantes pour des protéines associées à la performance physique » comme l’érythropoïétine, augmentant le nombre de globules rouges et par conséquent « la teneur en oxygène du sang » (cf. Dopage : la course à la génétique). Cela facilite la respiration et accélère la récupération. Ce risque de dopage génétique concerne essentiellement l’athlétisme, le cyclisme ou l’haltérophilie (cf. Le corps augmenté en question).

Injectées dans le sang ou directement dans le muscle ciblé, ces séquences provoquent la production de la protéine avant de disparaître rapidement, devenant indétectables. Mais « certains globules blancs conservent [des] traces pendant des mois » (cf. Un colloque sur le dopage génétique).

Ce dopage présente des risques comme le développement de cancers, de dysfonctionnements immunitaires, de thrombose, d’AVC ou d’infarctus du myocarde, de l’hypertension ou un grossissement anormal du cœur, la cardiomégalie.

Une « menace prise très au sérieux »

La « menace » est prise au sérieux par l’agence mondiale antidopage (AMA). Une réunion d’experts a eu lieu, en juin 2002, autour de la question du dopage génétique, qui a été inclus, en 2003 dans la liste des substances et méthodes interdites (cf. Bientôt des athlètes génétiquement modifiés ?). Depuis, les méthodes se sont complexifiées « avec l’édition génique grâce à CRISPR-Cas9, qui permet de modifier une partie très précise d’un gène, ou l’utilisation détournée des ARNm » d’après Olivier Rabin, directeur scientifique de l’AMA. Une dizaine de gènes candidats ont été retenus « pour leurs capacités à “booster” la force, l’endurance ou la résistance à la douleur des athlètes » (cf. La thérapie génique au service du dopage ?).

Mais, pour le moment, aucun cas n’a été recensé « même si des alarmes ont été déclenchées à plusieurs reprises durant ces vingt dernières années ». Des thérapies géniques, détournées à des fins de dopage, ont été interdites comme le Repoxygen, médicament contre l’anémie, ou le Neovasculgen, qui améliore l’irrigation sanguine des muscles.

L’utilisation des thérapies géniques est surveillée. Mais, les méthodes de détection, consistant à « chercher des séquences d’ADN spécifiques dans les échantillons d’urine et de sang des athlètes en utilisant des test PCR », ne sont pas systématiques à cause de leur coût et de leur importance moindre comparée aux substances plus classiques. En revanche, lorsque « des variations anormales dans les performances ou les variables biologiques » sont constatées chez un athlète, une enquête est menée et, en l’absence d’explication, « une application en deuxième ligne de méthodes de détection » est réalisée.

Pour le moment, le « dopage génétique semble demeurer à l’abri des radars ». En effet, la protéine produite via le dopage est similaire à celle produite naturellement par le corps. De plus, « l’expression des gènes ajoutés pourrait être modulée avec des produits pharmaceutiques, rendant encore plus difficile la détection » selon Valentina Gineviciene.

Source : Sciences et Avenir, Nicolas Gutierrez C. (19/06/22)

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