Dopage : la course à la génétique

Publié le 30 Août, 2004

Le dopage est devenue une "question de bioéthique" estime Isabelle Queval, ex-championne de tennis et auteur de S’accomplir ou se dépasser. Essai sur le sport contemporain. Elle explique que le sport de haut niveau est "l’emblème et le laboratoire expérimental de l’idéologie du progrès (…)". C’est "le culte du dépassement de soi" , "une course au progrès". Tous les domaines attenants au sport (matériel, entraînement, diététique,..) se sont nettement améliorés pour que les performances sportives soient toujours dépassées. Aujourd’hui, les améliorations attendues sont de l’ordre chimique et pharmacologique. Selon elle, certains sportifs se font déjà implanter préventivement des cartilages… Elle estime que le dopage est un "enjeu sociétal" nullement attaché uniquement aux scientifiques car c’est oublier le "dopage" quotidien du citoyen qui exige une performance de chaque instant dans son travail ou ailleurs.

Gérard Dine, président de l’institut biotechnologique de Troyes et coauteur d’Exploration et suivi biologique du sportif, alerte sur les dangers du dopage génétique. Il explique que 95 % des gènes codant pour les protéines musculaires sont maîtrisés. Selon lui, les nouvelles technologies pour améliorer les muscles seront détournés de leur vocation thérapeutique (myopathes,…) au profit des sportifs. La connaissance scientifique et la compétence technologique étant réunies à ces fins, pour lui, "le seul frein, c’est l’éthique. Mais la moyenne des gens éthiquement responsables est la même en politique que dans le sport…".
Le dopage génétique est une manipulation de gènes liés à la performance qui vise à renforcer l’expression des protéines augmentant les capacités physiques. Gérard Dine imagine une banque de gènes dans laquelle le sportif viendrait chercher les qualités qui lui manquent. "C’est une forme d’eugénisme".

De son côté, le Daily Telegraph révèle que des chercheurs australiens étudieraient l’ADN des meilleurs sportifs afin de déterminer quels gènes sont favorables à quels sports et de constituer une banque des "gènes de la performance". Un responsable du gouvernement australien commente : "il me semble que la sélection génétique est la voie d’avenir pour les athlètes".

Libération (Lise Barneoud) 28/08/04 – Le Figaro (Marie-Laure Germon) 30/08/04

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