« Le prochain voyage » : quand le service public fait la promotion du suicide assisté

20 Oct, 2023

Dans une lettre ouverte à France Télévisions, Lucie Pacherie, titulaire du certificat d’aptitude à la profession d’avocat, spécialiste en droit de la santé et responsable du plaidoyer France de la Fondation Jérôme Lejeune, dénonce le téléfilm « le prochain voyage », diffusé le 11 octobre sur France 2. Ce programme fait ouvertement la promotion du suicide assisté, au mépris de toutes les règles déontologiques, explique-t-elle.

Comment ne pas être interpelé face à l’idéologie suicidaire propagée par France Télévisions sur ses chaînes ? Au moment où le Gouvernement précise le calendrier et le contenu du projet de loi sur l’euthanasie et le suicide assisté (cf. Fin de vie : Agnès Firmin Le Bodo précise les contours du projet de loi), un documentaire-plaidoyer en faveur de l’euthanasie et un téléfilm-ode au suicide des personnes âgées sont diffusés (cf. La promotion du suicide et de l’euthanasie en prime time sur le service public).

Le premier, mené par une journaliste engagée pour l’euthanasie, berce dans l’illusion que la mort administrée abrège les souffrances, évite la dépendance et permet de « partir » avec le sourire, cigarette et coupe de champagne à la main. Le second, joué par l’égérie de l’ADMD, raconte le suicide d’un couple âgé qui souhaite « éviter l’agonie dans une chambre d’hôpital » et présente le suicide comme un acte facile, un témoignage d’amour.

A quel moment les règles déontologiques qui s’imposent aux médias ont-elles été respectées ? En plus de l’irrespect du pluralisme d’opinion, le devoir de sauvegarde de la santé publique est méconnu. Au lieu de prévenir la contagion suicidaire, la promotion en est faite. La Fondation Jérôme Lejeune appelle à la responsabilité.

Le suicide, des drames à accompagner et à soigner

L’effet Werther ou « suicide mimétique » est un phénomène prouvé. Il montre la corrélation entre la médiatisation de cas de suicide et la hausse de suicides dans la population. En France, on déplore 9 200 suicides par an et 100.000 tentatives. Des drames analysés par les professionnels comme relevant de la santé mentale, qui sont à accompagner et soigner. Nulle question alors de « liberté » des suicidants, mais de « prise en charge » de patients. Pour lutter contre ce fléau, le droit français pénalise la « provocation au suicide », la « propagande ou publicité en faveur de produits, d’objets ou de méthodes préconisés comme moyens de se donner la mort » par exemple. Des délits qui peuvent être commis par la « voie de la presse écrite ou audiovisuelle ». L’Organisation mondiale de la santé (OMS) conseille les médias à travers une ressource pour leur indiquer les « choses à faire et à ne pas faire » sur ce sujet.

Le téléfilm diffusé sur France 2 présente le suicide de personnes âgées comme un acte courageux. Il n’intègre aucun message de prévention. Le numéro national de prévention au suicide n’apparaît par exemple à aucun moment. Comment ignorer qu’une personne, seule, âgée, dépendante, qui regarde cette fiction militante sur le suicide d’un couple aimant, entouré, autonome, puisse envisager de passer à l’acte elle aussi ?

Mettre en lumière des messages diffusant une force de vie

Si l’on connaît l’effet Werther, on connaît aussi l’impact d’une loi sur l’euthanasie et le suicide assisté sur les populations. L’offre crée la demande. En Belgique les demandes d’euthanasie se sont multipliées par 10 en 20 ans (cf. Belgique : toujours plus d’euthanasies en 2022). Les Pays-Bas connaissent une hausse de leur taux de suicide de 27% en 14 ans depuis qu’ils ont dépénalisé euthanasie et suicide assisté. Les psys eux-mêmes alertent sur l’effet d’une légalisation : « les engrenages une fois lancés atteignent irrémédiablement les plus vulnérables sur le plan psychique » (cf. « Aide active à mourir » : les psychologues inquiets).

Il est de la responsabilité de France Télévision de provoquer l’effet Papageno, c’est-à-dire d’opter pour des messages qui présentent les alternatives au suicide et dissuadent de se donner la mort. Le témoignage de Pone ou des signataires du manifeste des 110 (cf. « Etre regardés, soulagés, accompagnés, mais pas tués ») contribue à un tel effet. Ils diffusent une force de vie (cf. « Je suis fière d’être en vie ! ») qui relève bien portants, malades, vulnérables. Ce sont eux qui doivent être mis en lumière sur les chaînes de télévision, ou encore les professionnels de soins palliatifs, les psys, qui aident à surmonter le désespoir. Ce sont eux qui redonnent le sens de la société solidaire (cf. Fin de vie : « refaire de la place à la faille » et « rester, jusqu’au bout, solidaires ») et obligent à la créativité médicale et citoyenne.

Des documentaires qui assurent le pluralisme des opinions et promeuvent autre chose que la mort programmée il y en a : « Mourir n’est pas tuer, enquête au cœur de la fin de vie », produit par Bernard de la Villardière (cf. Géraud Burin des Roziers enquête au cœur de la fin de vie dans son nouveau documentaire) en est un exemple, tout comme Vivants, 30 vivants, Invincible été, etc. France Télévisions n’a que l’embarras du choix.

Cette tribune de Lucie Pacherie a été initialement publiée par Le Figaro.

Photo : Pixabay

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