« La mort, comme la vie, est structurellement collective »

4 Juin, 2024

Dans une tribune publiée dans le Nouvel Obs, Sara Piazza, psychologue clinicienne en soins palliatifs et en réanimation à l’hôpital Delafontaine, à Saint-Denis, et Katy Bontinck, élue locale socialiste chargée notamment de la santé à Saint-Denis et Plaine Commune, alertent sur « les angles morts » du débat sur la fin de vie (cf. Menaces inédites sur la fin de vie). « Comment assurer que le choix de mourir ne soit pas une conséquence de l’absence de possibilité de vivre décemment ? Comment garantir que l’euthanasie ne devienne pas une réponse facile et peu coûteuse aux défaillances de notre système de santé et de protection sociale ? » s’interrogent-elles (cf. Projet de loi fin de vie : « Cette loi est à la dérive avant même d’avoir quitté le port » ; Projet de loi sur la fin de vie : un texte truffé de contre-vérités et déconnecté de la réalité).

Légaliser l’euthanasie engage la responsabilité collective

« Le débat en cours n’est pas qu’une affaire de choix individuel ; il questionne notre contrat social et de notre conception de la dignité humaine » expliquent les deux auteurs de la tribune en expliquant que « la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté ne doit pas être perçue comme une simple extension de la liberté individuelle, mais comme une question qui engage notre responsabilité collective » (cf. « Là sont l’urgence et la fraternité : offrir à tous un droit effectif à être soigné et accompagné dignement »). Elles mettent en parallèle la vision des féministes selon laquelle la sexualité est « profondément politique » et « le privé indissociable du public », et le fait que « nous devons aujourd’hui reconnaître que la manière dont nous mourons est façonnée par les structures de pouvoir et les inégalités sociales ». « La mort, comme la vie, est structurellement collective ». Par conséquent, « la question de la mort, souvent perçue comme un moment strictement personnel bien que désormais largement médicalisé, mérite d’être réexaminée sous l’angle de la justice sociale et de l’équité ».

« Les inégalités de notre société se répercutent jusqu’à notre dernier souffle »

L’accès aux soins, les ressources et les représentations sociales de la dépendance et de la maladie influencent les conditions dans lesquelles les Français décèdent (cf. « La réponse à la fragilité ne peut pas consister à faire disparaître les personnes qu’elle atteint »). « Les inégalités en matière de revenus, de logement, de soins de santé et de soutien familial ne disparaissent pas par miracle au moment de l’aggravation d’une maladie ou de la dégradation d’un état de santé » soulignent Sara Piazza et Katy Bontinck (cf. Fin de vie : « l’euthanasie ne soignera jamais la solitude, ni le désespoir, ni la souffrance »). Présenter l’euthanasie et le suicide assisté comme une « question de choix individuel, de liberté ultime et autonome » masque « les dimensions économiques et sociales qui influencent ces choix et la nature fondamentalement interdépendante des relations humaines, en particulier dans des moments de vulnérabilité » précisent-elles.

Pourtant, « il est essentiel de reconnaître que le choix de l’euthanasie ou du suicide assisté ne se fait pas dans un vide social » et que « les inégalités de notre société se répercutent jusqu’à notre dernier souffle » insistent les deux auteurs de la tribune. « Le risque est que le “choix” de mourir puisse être un reflet de l’absence de moyens donnés pour vivre dignement » craignent-elles en soulignant l’expérience des pays ayant légalisé l’euthanasie ou le suicide assisté et dans lesquels « le choix de mort des personnes malades est le plus souvent dicté par la souffrance et l’isolement, accentués par un manque de ressources et de soutien » (cf. Fin de vie : « Le Canada a fait des personnes handicapées une catégorie de personnes pouvant être tuées » ; Face au handicap ou à la pauvreté, l’aide médicale à mourir se généralise au Canada).

Un devoir de solidarité

Sara Piazza et Katy Bontinck expliquent que « le problème crucial aujourd’hui concerne l’accès aux soins pour être, sinon guéri, du moins soigné et soulagé » (cf. Souffrir ou mourir, est-ce vraiment la question ?). « Une société qui se contenterait de légiférer sur l’euthanasie sans améliorer les conditions de vie des plus vulnérables renoncerait à son devoir de solidarité » interpellent-elles. Selon les deux auteurs, « nous devons reconnaître que la manière dont nous mourons est intrinsèquement liée aux conditions sociales et économiques de notre vie ». « La mort est intime, oui. Elle est aussi politique » concluent-elles (cf. Fin de vie : « c’est le système de valeur de la société avec ses repères qu’il nous faut reconsidérer »).

 

Source : Nouvel Obs, Sara Piazza et Katy Bontinck (03/06/2024)

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