Fin de vie : « Le Canada a fait des personnes handicapées une catégorie de personnes pouvant être tuées »

30 Avr, 2024

Au Canada, des personnes handicapées réclament des « safe zones » exemptes d’euthanasie en raison du « validisme » ambiant (cf. Face au handicap ou à la pauvreté, l’aide médicale à mourir se généralise au Canada).

Atteinte d’une maladie neuromusculaire rare, Gabrielle Peters dénonce le « validisme structurel » rendant « invisibles » les personnes handicapées (cf. « Aide médicale à mourir » : 13.241 décès au Canada en 2022, une hausse de 31,2%). Comme l’explique, Fiona Kumari Campbell, chercheur en sciences sociales, spécialisée dans les questions de handicap, « un réseau de croyances, de comportements et de pratiques » a mis dans l’esprit des gens l’exemple de la personne « parfaite, typique de l’espèce » et donc « pleinement humaine ». Par conséquent, le handicap « est considéré comme un état diminué de l’être humain ». Il « est défini comme une déficience, une tragédie et le contraire de la santé ». Or, « il n’y a qu’un pas entre croire que le handicap rend moins humain et penser qu’il vaut mieux être mort qu’handicapé » poursuit Gabrielle Peters après avoir expliqué que de nombreuses personnes handicapées auraient pu, à un moment dans leur vie, accepter l’« aide médicale à mourir ».

Au Canada, « la signature d’un médecin va bien au-delà des soins médicaux essentiels » car « elle détermine la plupart des aspects de [la] vie : le logement, l’accès aux transports, le revenu, l’éducation, les loisirs, la mobilité et d’autres équipements » poursuit-elle.

Une « contagion de l’AMM » 

De plus, il existe une « contagion de l’AMM » comme l’indique Gabrielle Peters après avoir mené des recherches avec l’AFAI (Alliance Féministe pour l’Action Internationale) dans le cadre du projet Creating Spaces de l’université de York (cf. Canada : Lutter contre le « suicidisme » en prônant le suicide assisté). Au cours de cette étude, elle a remarqué que « la couverture médiatique de l’AMM » ignorait le phénomène de « contagion » et allait à l’encontre des lignes directrices de l’OMS contre « la contagion suicidaire » (cf. Canada : une formation pour « standardiser » l’euthanasie).

Etant elle-même passée du statut de « personne normale » à celui de « personne handicapée et irrécupérable », Gabrielle Peters raconte son parcours et milite pour un système de soins dépourvu d’AMM (cf. Canada : une étude de Cambridge alerte sur l’”aide médicale à mourir”). « Nous devrions avoir le droit de recevoir des soins médicaux dans des lieux et de la part de personnes qui n’envisagent pas de tuer des personnes handicapées dans le cadre d’un plan de soins et qui n’y participent pas » réclame-t-elle. « Qui a envie de regarder un médecin depuis un lit d’hôpital et de se demander s’il vient de mettre délibérément fin à la vie d’une personne atteinte d’une pathologie similaire ? » interroge Gabrielle Peters.

Actuellement, au Canada, les seuls espaces exempts d’AMM se trouvent dans les établissements confessionnels, même si, au Québec, la création de ces espaces est interdite et qu’en Colombie-Britannique, un centre de soins palliatifs s’est vu couper son financement par le gouverneur provincial après avoir choisi de ne pas pratiquer l’AMM (cf. Canada : des soins palliatifs défaillants). « Le Canada a fait des personnes handicapées une catégorie de personnes pouvant être tuées, et presque personne n’a réfléchi à l’impact que cela aurait sur nous » conclut-elle.

 

Source : Policy options, Gabrielle Peters (26/04/2024)

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