Face au handicap ou à la pauvreté, l'”aide médicale à mourir” se généralise au Canada

Publié le 14 Juin, 2022

Alors qu’elle veut vivre, Kat, une trentenaire atteinte d’une maladie chronique, a obtenu l’”aide médicale à mourir” (AMM) dans l’Etat de Colombie Britannique au Canada.[1]

Atteinte du syndrome d’Ehlers-Danlos, et ne parvenant pas à trouver un « suivi adapté », sa demande d’“aide médicale à mourir” auprès du Fraser Health a été acceptée sans difficulté. Les documents lui confirment qu’elle peut « programmer sa mort à tout moment ».

En proie à des difficultés financières, elle constate qu’il est « beaucoup plus facile de laisser tomber que de continuer à se battre ». Pourtant, en faisant cette demande, elle espérait avoir accès à des soins palliatifs ou à d’autres soutiens. Or sa « souffrance a été entérinée jusqu’à obtenir l’AMM, mais aucune ressource supplémentaire n’a été débloquée ». Pour le Fraser Health, « il n’y avait pas d’autres recommandations de traitement ou d’interventions adaptées aux besoins de la patiente ou à ses contraintes financières » (cf. Canada : 1200 euthanasies en plus, 149 millions de dollars de frais de santé en moins).

Des exemples multiples

L’histoire de Kat n’est pas isolée. Les exemples se multiplient au Canada. L’”aide médicale à mourir” est autorisée pour des patients qui, loin d’être en fin de vie, vivent une détresse souvent financière (cf. Canada : après des années d’attente pour une chirurgie, elle envisage l’‘aide médicale à mourir’, Elle trouve un logement adapté : une femme handicapée suspend sa demande d’’aide médicale à mourir’). L’Etat aurait-il renoncé à les accompagner ?

La loi C-7 votée en mars 2021 a supprimé le critère de “mort raisonnablement prévisible” (cf. Au Canada, nouvel assouplissement des conditions d’accès à l’aide médicale à mourir). Rendant les personnes handicapées ou souffrant d’une maladie chronique éligibles à l’AMM (cf. Euthanasie de personnes handicapées : des experts des Nations unies inquiets). Par ailleurs, il n’est plus nécessaire que la personne soit apte à donner son consentement juste avant l’acte d’euthanasie, dès lors qu’elle avait formulé des directives anticipées en ce sens (cf. L’Impasse de l’euthanasie – Henri de Soos). Un changement qui a failli être entériné par le Québec cette année (cf. Québec : l’élargissement de l’”aide médicale à mourir” reporté).

Ainsi, en cinq ans seulement, le “cadre” initial de l’”aide médicale à mourir” a volé en éclats. Comme le souligne Erwan le Morhedec, avec l’euthanasie, en renvoyant les personnes à leur autodétermination, à leur liberté, « d’une certaine manière, elles sont abandonnées à leur sort, la société s’estimant déliée de sa responsabilité dès lors que les personnes concernées auront posé un choix dit libre » (cf. Euthanasie : « la ligne d’arrivée de cette course à l’émancipation, c’est l’isolement et la solitude »).

 

[1] CTV, ‘Easier to let go’ without support: B.C. woman approved for medically assisted death speaks out, Penny Daflos (08/06/22)

 

 

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