Dépistage de la trisomie 21 : "l’intérêt des laboratoires n’est pas forcément celui des patients"



Par une tribune publiée sur atlantico.fr Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune, réagit à l’arrivée récente d’une nouvelle technique de dépistage de la trisomie 21 (un nouveau test appelé "Praenatest" Cf Synthèse de presse Gènéthique du 29 août 2012), dans quatre pays européens : Allemagne, Autriche, Liechtenstein et Suisse. Annoncée "comme un progrès, elle présente en réalité de grands dangers et pose de sérieuses questions éthiques".

En effet, pour M. Le Méné, "cette nouvelle technique est l’objet d’un marché stratégique particulièrement lucratif puisqu’il concerne l’ensemble de la population féminine qui souhaite procréer". Or, déplore-t-il, la communication réalisée autour de ce nouveau test est "une communication déformante [qui] a tendance à confondre marketing de laboratoire et information scientifique".
Le premier "argument de vente" avancé est "celui de [sa] fiabilité à 100% [et qu’il] aurait pour avantage de ne cibler que les bébés anormaux", puisqu’il "permettrait de faire l’économie de l’amniocentèse qui entraîne 1% de fausses couches". En conséquence,  "le progrès annoncé repose sur un principe de discrimination qui considère que la vie des normaux vaut plus que celle des anormaux".
Le second "argument de vente" est "que la liberté de choix de la mère sera toujours garantie". Or, précise M. Le Méné, "depuis quinze ans, la courbe des interruptions de grossesses trisomiques suit précisément celle du dépistage. Plus il y a de dépistage, moins il y a de naissances trisomiques", au point d’en arriver aujourd’hui à ce que "96% des bébés trisomiques diagnostiqués sont […] éliminés ". Ainsi, interroge-t-il, "pourquoi vouloir améliorer encore une ‘performance’ de 96% ?".
Combinés, ces deux arguments de vente conduiront à la situation suivante : "on n’éliminera plus que des bébés anormaux, mais on les éliminera tous".

Enfin, il s’inquiète d’une autre donnée concernant ce diagnostic, puisque "celui-ci pourra être pratiqué à un moment où l’IVG [interruption volontaire de grossesse] est encore possible. Or, les femmes n’ayant pas à en justifier, les causes de ces IVG sélectives resteront inconnues, ce qui n’est pas le cas de l’IMG [interruption médicale de grossesse] aujourd’hui". Par conséquent, pour le Président de la Fondation Jérôme Lejeune, "à l’extermination des bébés trisomiques s’ajoutera l’assassinat de leur mémoire".

Face aux dangers et questionnements éthiques que présentent ce nouveau dépistage, M. Le Méné interpelle les autorités sanitaires françaises sur trois questions essentielles avant de prendre leur décision sur une éventuelle validation de ce nouveau diagnostic. En premier lieu, énonce-t-il, "à combien de centaines de millions d’euros par an s’élève déjà et s’élèvera demain le coût du dépistage généralisé de la trisomie 21 pour l’Assurance maladie ?". Et, ajoute-t-il, "pourquoi la recherche à finalité thérapeutique sur cette pathologie n’est-elle pas financée au même niveau ?". Par ailleurs, la non fiabilité du dépistage actuel (marqueurs sériques et échographie) "et les risques inhérents à la pratique d’examens invasifs (amniocentèse, choriocenthèse) sont évoqués dans les arguments de vente du nouveau test. Mais quelles avaient été les mises en garde sanitaires sur ces risques connus depuis quinze ans ?".
Enfin, "les CPDPN (centres pluridisciplinaires de diagnostic prénatal) délivrent automatiquement des autorisations d’interruption de grossesses en cas de trisomie 21". Or, précise-t-il, "ce systématisme ne correspond pas à la mission qui est la leur". Ainsi, interroge-t-il, "pourquoi sont-ils toujours agréés par l’Agence de la biomédecine ? Quel pilotage assume-t-elle dans ce domaine ?". L’interpellation se termine par un questionnement percutant : "certains praticiens appartenant à la fonction publique vont être à la fois les promoteurs du nouveau dépistage et conseillers des laboratoires concernés qui fabriquent et commercialisent le nouveau test. Qu’en est-il de la transparence des rémunérations et de l’indépendance du jugement ?".


Sources: 

Atlantico.fr (Jean-Marie Le Méné) 07/09/12