Téléconsultations : un risque accru d’erreurs médicales

Publié le 1 Déc, 2023

Une étude menée par des chercheurs de l’université d’Oxford, de Plymouth et du Nuffield Trust, indique que les téléconsultations peuvent exposer les patients à des erreurs ou des retards de diagnostic, potentiellement fatals. Les personnes âgées et les plus jeunes, qui présentent de plus grandes difficultés de communication, sont les plus exposés à ce risque lié à « une mauvaise relation [patient-médecin] et une collecte d’informations inadéquate ».

Des symptômes plus délicats à évaluer à distance

Pour aboutir à cette conclusion, les chercheurs ont examiné 95 « incidents » survenus au Royaume-Uni entre 2020 et 2023. Parmi eux, une femme enceinte souffrant d’une rupture prématurée des membranes a été orientée vers un « algorithme de problèmes urinaires ». Une jeune maman est décédée d’une embolie pulmonaire non diagnostiquée, et une cardiopathie congénitale n’a pas été dépistée chez un bébé.

Les douleurs cardiaques, une douleur abdominale aiguë, des difficultés respiratoires, les symptômes vagues et généralisés et les symptômes qui progressent malgré le traitement sont le plus difficiles à évaluer dans le cadre de téléconsultations (cf. Faire intervenir ses cinq sens dans la relation de soin, un incontournable pour le médecin).

Ne pas imposer de téléconsultations

Publiée dans le BMJ [1], l’étude recommande aux praticiens de s’assurer que le patient connaît les prochaines étapes de sa prise en charge, tandis que les patients doivent indiquer clairement si leur état se détériore. Les médecins doivent également être conscients des « symptômes à haut risque » pour lesquels il est plus sûr de voir les patients en face à face. Ils se doivent d’« écouter et répondre attentivement aux patients qui disent avoir besoin d’un rendez-vous en personne ». En outre, ils doivent prévoir une consultation classique si l’état d’un patient ne s’est pas amélioré après les téléconsultations précédentes.

La position de l’Ordre des médecins britanniques est que « la méthode de consultation doit être une décision partagée » entre le praticien et le patient, « sur la base des besoins cliniques ». « Il est clair que les consultations à distance seront plus appropriées pour certains patients que pour d’autres », rappelle l’Ordre.

La prise en compte du risque par les assureurs

En Angleterre, 71% des consultations avec un médecin généraliste se font en face à face. Et un cabinet de médecine générale sur six ne prend plus de rendez-vous qu’en ligne.

Le 28 novembre, lors des questions orales sans débat à l’Assemblée nationale, la députée de Seine-et-Marne Patricia Lemoine (Renaissance) a déploré les « premiers effets néfastes » sur les cotisations d’assurance de plusieurs médecins de sa circonscription, invoquant « l’aggravation de la sinistralité entraîné par l’exercice en téléconsultation ».

« Les assureurs considèrent que “les rendez-vous à distance présenteraient des risques accrus de mise en cause du praticien”, avec parmi les motifs de litiges les plus réguliers “la sous-évaluation de la gravité de l’état de santé” et “la prescription de traitements inappropriés” », explique l’élue (cf. Téléconsultations dans les gares : des territoires « encore un peu plus considérés comme de second rang »).

« La téléconsultation n’est pas censée représenter un risque plus important »

Agnès Firmin-Le Bodo, ministre déléguée chargée de l’Organisation territoriale et des Professions de santé, a affirmé ne pas avoir « de remontées faisant état de difficultés particulières ».

« La téléconsultation n’est pas censée représenter un risque plus important qu’une consultation en présentiel », estime la ministre (cf. Téléconsultation : « l’enjeu est qu’elle n’entraîne pas de perte de chance pour le patient »). Elle serait une « pratique alternative et complémentaire » qui ne peut dépasser « plus de 20% du volume d’activité » d’un médecin.

« Son recours relève “de la seule décision du médecin traitant ou correspondant qui juge de la pertinence d’une prise en charge à distance plutôt qu’en face-à-face” », indique Agnès Firmin Le Bodo, ce qui « exclut toute consultation complexe ou pathologie ne permettant pas un suivi à distance ». Afin d’« éviter toute dérive préjudiciable », « les textes d’application visant à encadrer les sociétés de téléconsultation par une procédure d’agrément “seront publiés d’ici la fin de l’année” ».

 

[1] Payne R, Clarke A, Swann N, et al, Patient safety in remote primary care encounters: multimethod qualitative study combining Safety I and Safety II analysis, BMJ Quality & Safety, Published Online First: 28 November 2023. doi: 10.1136/bmjqs-2023-016674

Sources : Daily mail, Kate Pickles (29/11/2023) ; Hospimedia, Thomas Quéguiner (29/11/2023) – Photo : iStock

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