Faire intervenir ses cinq sens dans la relation de soin, un incontournable pour le médecin

Publié le : 16 décembre 2020

Marc-Olivier Bitker, professeur d’urologie, s’inquiète de la disparition progressive des sens dans l’examen médical, au profit de l’utilisation de systèmes intelligents dans le diagnostic et le soin. S’il est « probable que, dans un avenir proche, des « systèmes intelligents » liront les images de scanner et d’IRM avec une acuité de jugement supérieure à celle qu’offrent aujourd’hui le regard et les connaissances des meilleurs médecins spécialistes de l’image », cette évolution comporte un risque explique-t-il. Celui de baser l’analyse sur des données « incomplètes, mal interprétées ou, pire, erronées voire inexistantes », entrainant des conclusions « au minimum non congruentes avec la question posée ».

Ces dernières années, le médecin observe trois phénomènes inquiétants dans son service de chirurgie :

  • « la disparition de ce qu’il était habituel de nommer « l’interrogatoire et l’inspection », deux termes un peu rudes pour décrire l’évidente nécessité de regarder et d’écouter le malade » ;
  • « la peur du toucher » : « les malades sont de moins en moins examinés » par crainte « irraisonnée » de la contamination du soignant et « peur de la sexualisation de la relation soignant soigné » ;
  • et la transformation des réunions de concertation pluridisciplinaires en « effroyables chambres d’enregistrement où des décisions dont dépendra la vie ou, pire peut-être, la qualité de vie du malade [peuvent être] prises sans la présence de son référent ni, bien sûr, de lui-même ».

Face à ce constat, Marc-Olivier Bitker réaffirme des « règles de bon sens redonnant toute leur place à l’ouïe, à la vue et au toucher » :

  • « Le malade doit être regardé et interrogé sur la plupart des aspects de sa vie pour pouvoir, au-delà même de sa pathologie, lui proposer le traitement le plus adapté à son âge, à sa situation familiale, professionnelle, à ses autres pathologies ou à son mode de vie ».
  • Il plaide pour le rétablissement de la relation de soin, « une relation physique lors de la consultation », « un moment important témoignant de la confiance du soigné en son médecin et de l’intérêt que ce dernier lui porte ».
  • « La discussion quant à la thérapeutique la plus adaptée à proposer au malade ne devrait pas être admise sans la présence d’au moins un médecin l’ayant rencontré ».

« On ne peut imaginer que le malade se voie proposer un traitement fondé sur les simples données de l’âge, des comorbidités et de l’imagerie », écrit encore le professeur d’urologie. Or les « souhaits du malade, ses conditions de vie et sa propre perception de son avenir », ne sont pas connus des « systèmes intelligents », mais de « celui ou celle qui l’a rencontré et informé ». Le « meilleur soin » ne peut provenir des seuls algorithmes et machine.

Source : Le Monde, Marc-Olivier Bitker (15/12/2020) ; Photo Pixabay DR

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