Greffes d’organes en France : les prélèvements Maastricht 3 en hausse

Publié le 13 Jan, 2022

Mercredi, l’Agence de biomédecine a dressé un bilan concernant les prélèvements et greffes d’organes en 2021 :

  • 5273 greffes ont été réalisées, à partir de 1392 donneurs décédés et 521 donneurs vivants. Ces chiffres sont en hausse de 19,3% par rapport à 2020. Toutefois « le niveau d’avant crise n’est pas retrouvé »[1], et l’objectif fixé par le plan greffe 2017/2021 n’est pas atteint [2].
  • Le taux d’opposition au don d’organes est en « légère » hausse et atteint 6% en 2021 (contre 33% en 2020) [3] ; là encore, l’objectif fixé par le précédent plan greffe n’est pas atteint [4].
  • Les prélèvements Maastricht 3 [5], qui consistent à prélever des patients après « limitation ou arrêt des traitements », sont en hausse de 43,7% : 217 patients ont été prélevés selon ce protocole en 2021 (contre 151 en 2020). Ces prélèvements conduisent désormais à 10,5% des greffes réalisées en France (soit 552 greffes, vs 459 en 2019). Pour cette catégorie, les objectifs du plan greffe ont été atteints, et même dépassés [6].
  • Dans le cadre des prélèvements Maastricht 3, une première greffe d’ilots de Langerhans [7] a été réalisée en décembre au CHU de Lille, puis une seconde à Rennes.
  • Le nombre de patients en état de mort encéphalique ou décédés d’un arrêt circulatoire est en baisse (meilleure prise en charge des AVC, diminution de la mortalité routière), mais le pourcentage de ces patients qui sont prélevés augmentent.
  • Les patients greffés se voient administrer à vie des traitements immunosuppresseurs, qui les rendent plus à risque face au Covid. Ainsi la mortalité des nouveaux greffés a augmenté depuis le début de la crise.

Un bilan que l’Agence de biomédecine veut « positif », mais qui marque un tournant : les prélèvements Maastricht 3 sont désormais considérés comme une source « cruciale » d’organes. Or ces prélèvements posent question : mis en place en 2014, ils ont été rendus possibles par la loi Leonetti de 2005, qui a instauré la notion de « limitation et arrêt des traitements » ; ils ont ensuite été facilités par la loi Claeys Leonetti de 2016, qui a créé un droit à la sédation profonde et continue, et insisté sur les directives anticipées (cf. Le protocole Maastricht III en France: retour vers une “technicisation de la mort”).

Sur cette lancée, l’ABM souhaite autoriser de nouvelles structures à pratiquer des prélèvements Maastricht 3, et passer de 44 établissements autorisés à ce jour à 50 en 2022. Mais elle veut aussi « reconquérir » les personnes inscrites sur le registre d’opposition au don d’organes, par des actions de communication (cf. Don d’organes en baisse : un problème ?).

Un nouveau plan Greffe 2022-2026 est attendu dans les prochaines semaines, il serait « en cours de finalisation ». Nul doute que les prélèvements Maastricht 3 seront au rang des priorités.

Pour aller plus loin :

[1] « Nous nous situons environ 10% en dessous » du niveau d’avant crise a précisé la directrice de l’Agence de Biomédecine, Emmanuelle Cortot Boucher. En 2019 en effet, 5901 greffes avaient eu lieu.

[2]  L’objectif était fixé à 7800 greffes par an en 2021 (cf. Don d’organes : un plan national d’envergure passé sous silence).

[3] Ce taux était descendu au-dessous de 30% en 2007.

[4] Il avait été fixé à 25% fin 2021.

[5] Sur des patients décédés suite à une « limitation ou un arrêt des traitements » : l’arrêt cardiaque du patient est provoqué par l’arrêt des traitements.

[6] Le plan 2017/2021 fixait de prélever 175 donneurs Maastricht 3 pour réaliser 400 greffes.

[7] Greffe à visée de patients « dont le diabète est difficile à équilibrer » ou « vivant avec un greffon rénal ».

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