Enfants nés de dons de sperme : la légitime recherche des origines

Publié le 19 Oct, 2021

Damian Adams a toujours su qu’il était né d’un donneur anonyme. A l’adolescence, il en était même fier. Par la suite, il avait envisagé de faire un don de sperme, afin « d’aider d’autres familles à avoir des enfants ». Mais quand il est lui-même devenu père, il a ressenti le besoin de connaître ses origines. En parallèle de ses recherches pour retrouver son père biologique, il a milité pour mettre fin à l’anonymat des donneurs de gamètes. Selon lui, la société crée « intentionnellement des personnes coupées de leurs parents ». Après plusieurs années de recherche, Damian Adams a fait la connaissance de son père biologique. Ils échangent régulièrement par téléphone. « Il a finalement trouvé le lien qu’il recherchait » et il souhaite que chacun puisse en faire de même.

En 2016, l’Etat de Victoria, en Australie, a mis fin rétroactivement à l’anonymat des donneurs de sperme. De même, le don anonyme de sperme est interdit au Royaume-Uni. Le droit de connaître ses parents biologiques est aussi revendiqué aux Etats-Unis, alors que « 30 000 à 60 000 enfants » sont conçus chaque année avec un don de sperme. Aujourd’hui, le Comité d’éthique de l’American Society of Reproductive Medicine (ASRM) « encourage fortement » les parents à dévoiler le recours à un donneur. D’autant plus qu’avec les tests ADN, les parents ne peuvent cacher longtemps, à leur enfant, ses origines (cf. Risque d’inceste : 48 enfants issus d’un même donneur de sperme dans l’Etat du Queensland en Australie). 

En apprenant davantage sur leur conception, certaines personnes « ont été choquées par le manque de transparence de l’industrie qui les a créées ». Elles « tentent de changer une industrie de la fertilité qui ne les considère ni comme ses clients, ni comme ses patients ». De même, les pratiques des médecins ont évolué, passant de l’achat « de sperme vivant » ou de l’insémination avec leur propre sperme, à la commande de sperme congelé auprès de « banques » (cf. Canada : Pas de procès pénal pour un médecin de la fertilité ayant utilisé son propre sperme). L’ASRM vise à mieux suivre les donneurs et à « limiter à 25 » le nombre de naissances issues de leur don, dans une population de 800 000 personnes (cf. La responsabilité d’une banque de sperme qui a menti sur les qualités du donneur peut-elle être engagée ?).

Cependant, en pratique, les banques de sperme n’ont pas à suivre les naissances ou à se coordonner entre elles. Il arrive que des donneurs aient « plus de 100 enfants biologiques » (cf. Son père a vendu a « vendu 500 fois son sperme », il est obnubilé par le spectre d’un inceste). Certaines banques ont des dons anonymes et ne partagent aucune information sur les donneurs. Le travail de recherche du parent biologique est alors à la charge de la personne conçue par cette technique. L’industrie de la fertilité continue malgré tout à « ignorer les personnes qu’elle a contribué à créer ». La relation demeure commerciale, avec signature d’un contrat et des versements d’argent. Selon Erin Jackson, la fondatrice de We Are Donor Conceived, « le sentiment de marchandisation est bien réel ». Elle rappelle que cette « industrie de plusieurs milliards de dollars » poursuit toujours sa croissance. Donneurs, parents et médecins devraient penser à ce que l’enfant qu’ils conçoivent souhaitera plus tard (Cf. Tentative d’extorsion de la part d’un donneur de sperme en Inde).

Source : The Atlantic, Sarah Zhang (15/10/2021)

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