Edition génétique : les risques de la manipulation de l’embryon

Publié le 28 Juin, 2023

Des scientifiques ont découvert que « les cellules des embryons humains précoces sont souvent incapables de réparer les dommages causés à leur ADN ». Des résultats qui ont des « implications importantes » dans le fait d’envisager l’édition génétique « pour éliminer les maladies héréditaires graves chez les embryons », ainsi que « pour la FIV en général ». Ils ont présenté leurs travaux lors de la 39e réunion annuelle de la Société européenne de reproduction humaine et d’embryologie (ESHRE)[1].

Un processus non maîtrisé

Les chercheurs de l’université d’Oxford ont fabriqué 84 embryons en utilisant l’injection intracytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI). Ensuite, ils ont généré des cassures double brin de l’ADN chez 33 embryons [2]. « Nous avons utilisé CRISPR pour cibler des zones de l’ADN qui ne contiennent aucun gène », précise le Dr Nada Kubikova, de l’Université d’Oxford, auteur de l’étude.

Les scientifiques ont constaté que « seuls 9% des sites ciblés ont été réparés » à l’aide du processus de « réparation dirigée par homologie »[3]. 51% des brins d’ADN cassés ont subi une jonction non homologue[4], produisant des mutations là où les brins ont été reconnectés. Les 40 % restants n’ont pas été réparés.

Les cassures non réparées des brins d’ADN ont finalement entraîné la perte ou la duplication de « grands morceaux de chromosomes », qui s’étendent du site de la cassure jusqu’à l’extrémité du chromosome. Les anomalies de ce type impactent la viabilité des embryons. « Si les embryons affectés étaient transférés dans l’utérus et donnaient un bébé, ils présenteraient un risque d’anomalies congénitales graves. »

De l’interdit aux applications ?

« Nous avons constaté que l’ADN des cellules embryonnaires peut être ciblé avec une grande efficacité, mais malheureusement cela conduit rarement au type de changements nécessaires pour corriger un gène défectueux », résume le Dr Nada Kubikova. Le plus souvent, le processus de réparation introduit des mutations supplémentaires au lieu de corriger les mutations existantes, souligne-t-elle. Finalement, quand on tente d’utiliser CRISPR-Cas9 pour corriger des troubles héréditaires chez les embryons humains, la plupart du temps, on n’y parvient pas, reconnaît le médecin. Mais elle espère pouvoir « améliorer la technologie ». Les chercheurs prévoient notamment d’explorer des « méthodes plus douces d’édition de gènes » qui évitent la cassure des brins d’ADN.

L’édition de gènes a commencé à être utilisée chez des enfants et des adultes atteints de maladies causées par des mutations génétiques telles que la mucoviscidose, le cancer et la drépanocytose (cf. Drépanocytose : vers un essai clinique utilisant CRISPR en France ?). Si les chercheurs envisagent d’éditer génétiquement des embryons avant qu’ils ne s’implantent dans l’utérus, c’est car « c’est le seul stade de développement où l’on peut garantir que la technologie CRISPR-Cas9 atteindra toutes les cellules de l’embryon » (cf. Trier les embryons pour réussir à l’université ?). Une pratique actuellement interdite « dans la plupart des pays du monde ».

NDLR : Alors que l’édition génétique des embryons est interdite à l’heure actuelle, les scientifiques ne semblent pas avoir de scrupules à mener d’ores et déjà des recherches dans le cadre d’applications futures. La loi de bioéthique de 2021 a autorisé en France la fabrication d’embryons transgéniques dès lors qu’ils ne sont pas implantés (cf. [Infographie] : ce que contient la loi de bioéthique 2021).

 

[1] European Society of Human Reproduction and Embryology

[2] Les 51 autres embryons ont été conservés comme « témoins ».

[3] Cela consiste à « utiliser une copie intacte de la zone affectée comme modèle, à la copier et à remplacer la zone endommagée au fur et à mesure ».

[4] C’est la façon « la plus courante » dont les cellules réparent l’ADN. Elle consiste à « reconnecter les deux extrémités du brin d’ADN, mais il est fréquent que quelques lettres du code génétique soient supprimées ou dupliquées à l’endroit où les brins sont reconnectés ». Cela ne permet pas de « corriger les mutations ».

Source : News medical, Megan Craig (26/06/2023)

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