Transgenres : un besoin de surveillance médicale renforcée

Publié le 1 Déc, 2022

A l’occasion du congrès Infogyn 2022, le Dr Marie D’Assigny, médecin au CHU de Poitiers, a rappelé qu’« en raison d’un risque de décès plus important que dans la population générale, les personnes transgenres sous hormonothérapie doivent bénéficier d’un suivi renforcé, notamment sur le plan cardiovasculaire ou oncologique »[1].

Des risques multipliés

Les femmes transgenres, c’est-à-dire des personnes nées hommes, sont à risque de cancer du sein. Et ce risque « augmente après une période relativement courte d’hormonothérapie ». Une étude a montré une incidence 46 fois supérieure à celle observée chez les hommes du même âge, mais toutefois trois fois plus faible que chez les femmes.

Les femmes transgenres restent par ailleurs à risque de cancer de la prostate. De leur côté, les hommes transgenres présentent un risque de cancer de l’utérus, car « la testostérone provoque un amincissement au niveau de l’endomètre qui peut être responsable de dysplasie[2] ».

En matière de pathologies cardiovasculaires, les personnes transgenres et plus particulièrement les femmes transgenres doivent être considérées « à haut risque, voire dans certains cas à très haut risque ». Leur tension artérielle soit être étroitement surveillée, car elle tend à augmenter avec l’hormonothérapie.

La densité osseuse doit elle aussi être surveillée, en raison des risques d’ostéoporose « en particulier chez les patients qui arrêtent l’hormonothérapie après une gonadectomie ».

Une mortalité accrue

L’année dernière, une étude s’est intéressée à la mortalité et aux facteurs de décès chez les personnes transgenres sous hormonothérapie[3]. « Plus de 4 500 personnes transgenres, dont une majorité en transition homme vers femme (MtF), ont été inclus entre 1972 et 2018 ».

Les chercheurs ont constaté une mortalité « deux fois plus élevée chez les transgenres, comparativement à la population générale ». En effet, ils ont retrouvé un taux de décès de 10,8% chez les femmes transgenres, et de 2,7% chez les hommes transgenres. Ainsi, la mortalité des femmes transgenres est trois fois plus élevée que celle des femmes de la population générale. Une tendance observée sur les cinq décennies de suivi.

L’étude indique que les principales causes de décès sont les maladies cardiovasculaires, surtout chez les femmes transgenres, le cancer du poumon, « potentiellement en raison d’un tabagisme plus fréquent dans cette population », les maladies liées au VIH et le suicide (cf. Genre : la « transition médicale » associée à une augmentation des suicides de mineurs).

En septembre, la Haute autorité de santé (HAS) a publié une note de cadrage sur la prise en charge des personnes transgenres (cf. Transgenres : des recommandations de la HAS en cours d’élaboration). De nouvelles recommandations sont attendues l’année prochaine.

 

[1] D’assigny M, Transgenres : une réalité actuelle, Prise en charge endocrinienne et surveillance, Infogyn 2022, présentation du 6 octobre 2022, Pau, France

[2] lésion liée à une anomalie survenant lors du développement d’un tissu ou d’un organe

[3] JM de Blok C, Wiepjes C, Velzen DM, Mortality trends over five decades in adult transgender people receiving hormone treatment: a report from the Amsterdam cohort of gender dysphoria, The Lancet Diabetes and Endocrinoly, oct 2021, Vol 9, Issue 10, p663-670.

Source : MedScape, Vincent Richeux (16/11/2022)

 

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