Projet de loi fin de vie : « Il y a une différence de nature entre ceux qui veulent mourir et ceux qui vont mourir »

25 Avr, 2024

Le troisième jour d’auditions pour la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi relatif à l’accompagnement des malades et de la fin de vie fait suite à une journée bien « dense » (Fin de vie : « On est en train de remettre en cause l’éthique et les valeurs du soin »). Et l’a aussi été. Après les auditions du CNSPFV, de la SFAP, du Pr Franck Chauvin et des représentants des cultes (cf. Fin de vie : ce projet « rompt une digue essentielle, un principe structurant de notre société voire de notre civilisation »), ce sont les philosophes, les sociologues et les professionnels de santé qui ont pris la parole.

Des « différences de nature »

Damien le Guay, philosophe, alerte : « Il y a une différence de nature entre ceux qui veulent mourir et ceux qui vont mourir. Il y a aussi une différence de nature entre une médecine d’accompagnement jusqu’à la mort et une médecine qui donne la mort comme un soin ». Cette différence entraine la mise en place de « verrous » pour empêcher les dérives, explique Philippe Bataille, professeur de sociologie. « Avec les verrous viennent les limites que l’on donne à notre existence ». Le professeur veut « rassurer » : le réflexe humain est de repousser ces limites (cf. Le sens des limites).

Frédéric Worms, professeur de philosophie, juge qu’il faut avoir épuisé tous les soins avant de demander une « aide à mourir ». Mais Damien le Guay alerte : « on ne peut pas considérer que la mort est une valeur positive et que donner la mort, de quelque façon que ça soit, puisse être considéré comme une façon comme une autre de mourir ».

Une « sorte de retour en arrière » vers le « paternalisme médical »

Ils sont plusieurs à approuver le rôle central conféré au médecin par le projet de loi, tout en relevant les dangers et tensions qu’il peut soulever. « Il faut trouver cette place des soignants sans lesquels on risque les dérives » explique Frédéric Worms. Damien le Guay, de son côté, rappelle que les soins palliatifs se sont développés contre le « paternalisme médical » et qu’une « aide à mourir » s’apparente à une « sorte de retour en arrière ».

Les professionnels de santé sont unanimes : la collégialité est plus que nécessaire. Ainsi, le Dr Sophie Moulias, membre de la Société française d’anesthésie et de réanimation, témoigne : « la collégialité est quelque chose de nécessaire, je ne sais pas travailler toute seule ». Le Dr Francis Abramovici, membre du Collège de la médecine générale, abonde : « Nous souhaitons la création d’un Comité d’éthique pour la prise de décision ainsi que pour éviter les dérives redoutées ».

Et alors que le projet de loi prévoit l’intervention d’un proche pour procéder à l’acte létal, le professeur Pierre-Antoine Perrigault, membre de la Société française d’anesthésie et de réanimation, met en garde : « La possibilité pour un infirmier ou un proche de pratiquer le geste fatal va au-delà de toutes les législations dans le monde, avec un risque de stress post-traumatique pour les proches ».

« Le désir de vivre jusqu’au bout »

« Au contact des personnes malades, nous rencontrons des personnes qui demandent la mort, or, bien accompagnées souvent cette demande diminue », affirme Denis Fischer, responsable communication du Conseil national professionnel des aides-soignants. Il indique que les patients ont « le désir de vivre jusqu’au bout ».

Le docteur Sophie Moulias, médecin gériatre à l’hôpital Ambroise Paré, aborde la question des personnes âgées. Il « faut savoir ne pas céder à la lassitude de vivre », insistant sur l’importance de maintenir la possibilité du soin autant que possible. « Nous n’avons toujours pas de loi sur le grand âge », déplore-t-elle. « Les patients que nous accompagnons sont très inquiets de venir à l’hôpital pour qu’on les tue parce qu’on ne peut pas les soigner » (cf.  « Manifeste des 110 » :  « laissez-nous le droit d’exister, d’exister tels que nous sommes »). Les récentes positions des mutuelles n’auront vraisemblablement pas calmé ces inquiétudes (cf. Euthanasie : pour le président de la MGEN, « le taux de suicide des personnes âgées montre que la demande est déjà là » ; Belgique : un président de mutuelle favorable à l’euthanasie des personnes « qui en ont assez de vivre »).

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