La Commission européenne pourrait déréguler les « nouveaux OGM » dès 2023

Publié le 30 Nov, 2021

La directive 2001/18 encadre actuellement « la mise sur le marché, la traçabilité et l’étiquetage des cultures génétiquement modifiées. Et elle le fait si étroitement que les OGM sont à peu près absents, en Europe, et de l’alimentation humaine et des champs. »  (Cf. Les plantes OGM : un problème pour la santé publique ?). La Commission européenne souhaite assouplir sa règlementation.

Depuis quelques années, nous assistons à la naissance des new breeding techniques (NBT) ou new genomic techniques (NGT). Ces nouvelles techniques d’édition du génome permettent d’apporter des modifications « plus subtiles » que la transgenèse. Cette dernière consiste en un « transfert d’un gène d’intérêt d’une espèce à une autre » (Cf. « New Breeding Techniques » : vers l’utilisation de « nouveaux OGM » qui ne disent pas leur nom ?).

La Commission européenne envisage de sortir certaines manipulations génétiques du « cadre qui réglemente aujourd’hui les OGM ». Cette proposition législative, prévue pour 2023, ne considérerait plus les NBT comme des OGM. Pour certains, cette dérégulation « favoriserait l’innovation et la mise au point de variétés adaptées aux changements climatiques, à la sécheresse, à certains ravageurs ou pourvues de meilleures qualités nutritionnelles ». Au contraire, d’autres considèrent que les NBT « peuvent provoquer des modifications génétiques imprévues et que des résultats comparables à ceux de ces technologies pourraient bien souvent être obtenus par des croisements de variétés traditionnelles » (Cf. NBT : les recommandations de l’OPECST).

Face à ces arguments, les Etats tiennent « un discours de progrès » et défendent « l’innovation ». L’agriculture occidentale a déjà connu des révolutions de la mécanisation, puis de la chimie. Depuis les années 1990, une révolution génétique est en cours, avec le développement des cultures OGM. La transgenèse devait « augmenter les rendements, rationaliser et réduire l’usage d’herbicides » des cultures de maïs, soja et coton tolérants au glyphosate.

Or, « l’usage systématique et généralisé du Roundup sur ces monocultures transgéniques a surtout favorisé la prolifération d’adventices résistantes au glyphosate qui a rapidement conduit à la remise en selle d’anciens herbicides réputés problématiques ». En effet, les quantités d’herbicides utilisées aux Etats-Unis avaient diminué entre 1996 et 2006. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’utilisation d’herbicides est passée de 184 000 tonnes en 2006, à 255 000 tonnes en 2012. De plus, « le problème de mauvaises herbes résistantes devient tel que les nouvelles semences transgéniques qui entrent sur le marché sont, en elles-mêmes, un terrible aveu d’échec ». Pour preuve de cette « fuite en avant », le nouveau maïs de Bayer a été modifié pour « tolérer 5 molécules d’herbicides ».

Source : Le Monde, Stéphane Foucart (28/11/2021)

 

Partager cet article

Synthèses de presse

Transidentité : « au détriment de la liberté d'expression, c'est la liberté de suppression qui prévaut »
/ Genre

Transidentité : « au détriment de la liberté d’expression, c’est la liberté de suppression qui prévaut »

281 personnalités dénoncent les propos tenus lors d’une « formation aux transidentités » dans une université française ce mois-ci ...
CRISPR : des porcs génétiquement modifiés bientôt sur le marché ?
/ Génome

CRISPR : des porcs génétiquement modifiés bientôt sur le marché ?

La société Genus a modifié génétiquement des porcs via CRISPR pour qu’ils puissent résister au syndrome dysgénésique et respiratoire porcin ...
Diabète : des scores de risque polygénique pour en prédire l’évolution
/ Génome

Diabète : des scores de risque polygénique pour en prédire l’évolution

Dans une étude publiée dans Nature, des chercheurs ont localisé 1289 marqueurs génétiques associés au diabète de type 2, dont ...

Textes officiels

Fiches Pratiques

Bibliographie

Lettres