Etats-Unis : les risques de la pilule abortive

Publié le 12 Avr, 2023

Alors que le juge Matthew Kacsmaryk vient de révoquer l’approbation par la FDA de la mifépristone (cf. Etats-Unis : Retrait de l’autorisation de mise sur le marché de la pilule abortive), il semblerait que les changements de politique de la FDA aient augmenté les risques pour la santé des femmes. L’avortement médicamenteux représentait en 2020 plus de la moitié des IVG pratiquées aux Etats-Unis, selon des données de l’Institut Guttmacher (cf. Etats-Unis : après 30 ans de baisse, les avortements repartent à la hausse). Cette augmentation s’explique en partie en raison de l’assouplissement des règles de la FDA.

Depuis 2016, les pilules abortives peuvent être ingérées jusqu’à 10 semaines de grossesse contre 7 auparavant. De plus, les visites médicales sont passées de trois à une et désormais, les pilules abortives peuvent être prescrites et administrées par des personnes qui ne sont pas médecins.

En outre, depuis la pandémie, les femmes peuvent y avoir recours sans examen médical. Cette mesure a été conservée depuis, alors que « les pilules abortives peuvent mettre en danger la vie des femmes souffrant de grossesses extra-utérines ».

D’après une étude réalisée en 2021 par des chercheurs du Charlotte Lozier Institute et publiée dans la revue Health Services Research and Managerial Epidemiology, le taux de visites aux urgences liées à la prise de pilules abortives a augmenté de plus de 500% entre 2002 et 2015 (cf. IVG médicamenteuse : les visites aux urgences en hausse de 500%). Un taux qui a aussi augmenté pour les avortements chirurgicaux mais dans des proportions plus faibles. Ces résultats se fondent sur les données de Medicaid pour plus de 400.000 avortements ayant été pratiqués dans 17 Etats qui financent des avortements par l’intermédiaire de leur programme Medicaid.

Complément du 09/02/2024 : Sage Publications vient de rétracter trois articles [1] publiés dans la revue Health Services Research and Managerial Epidemiology.

L’avis de rétractation indique qu’« un lecteur a contacté la revue pour lui faire part de ses préoccupations concernant l’article de 2021 », s’interrogeant sur une potentielle présentation des données « trompeuse », sur de possibles « défauts dans la sélection des données de la cohorte », ou encore « si les affiliations des auteurs avec des organisations de défense de la vie, y compris l’Institut Charlotte Lozier, présentent des conflits d’intérêts que les auteurs auraient dû divulguer en tant que tels dans l’article ».

Ces articles ont été cités par le juge de district américain Matthew Kacsmaryk dans un jugement concernant la mifépristone, une des deux substances utilisées pour un avortement médicamenteux. Les articles visaient à prouver que la mifépristone était probablement dangereuse Sur la base de ces articles et d’autres éléments, le juge Kacsmaryk a décidé de suspendre l’approbation de la mifépristone par la FDA. Une décision qui a été annulée par la suite (cf. Etats-Unis : la Cour suprême confirme le maintien de l’accès à la pilule abortive).

Pour le Dr James Studnicki, l’un des auteurs des trois études en question, ces rétractations sont « totalement injustifiées ». Elles visent à « discréditer les recherches scientifiques qui remettent en cause le parti pris pro-avortement enraciné dans le monde universitaire », dénonce-t-il. « Toutes les grandes associations de santé sont favorables à l’avortement, la plupart des revues sont favorables à l’avortement, tous les départements des universités sont favorables à l’avortement. »

 

[1] Studnicki J, Harrison DJ, Longbons T, et al. A Longitudinal Cohort Study of Emergency Room Utilization Following Mifepristone Chemical and Surgical Abortions, 1999–2015. Health Services Research and Managerial Epidemiology. 2021; https://doi.org/10.1177/23333928211053965

Studnicki J, Longbons T, Harrison DJ, et al. A Post Hoc Exploratory Analysis: Induced Abortion Complications Mistaken for Miscarriage in the Emergency Room are a Risk Factor for Hospitalization. Health Services Research and Managerial Epidemiology. 2022;https://doi.org/10.1177/23333928221103107

Studnicki J, Longbons T, Fisher JW, Harrison DJ, Skop I, MacKinnon SJ. Doctors Who Perform Abortions: Their Characteristics and Patterns of Holding and Using Hospital Privileges. Health Services Research and Managerial Epidemiology. 2019; https://doi.org/10.1177/2333392819841211

Sources : National Review, Michael J. New (10/04/2023) ; Bioedge (08/02/2024) – Photo : Pixabay

Partager cet article

[supsystic-social-sharing id='1']

Synthèses de presse

Autiste et suicidaire, un Belge de 26 ans demande l’euthanasie « surtout pour ses parents »
/ Fin de vie

Autiste et suicidaire, un Belge de 26 ans demande l’euthanasie « surtout pour ses parents »

Un jeune Belge, diagnostiqué haut potentiel et autiste, a effectué 7 tentatives de suicide. « Après en avoir discuté avec ...
istock-518234140
/ Genre

Genre : ménopausées à 20 ans à cause de la testostérone

Une étude révèle que les hommes transgenres souffrent de problèmes « post-ménopause », comme l'incontinence, dès l'âge de 20 ans ...
Kenya : vendre des données de santé en échange d’un rendez-vous médical
/ E-santé

Kenya : vendre des données de santé en échange d’un rendez-vous médical

Au Kenya, l’application Snark Health propose aux patients de vendre leurs données de santé pour ne pas avoir à payer directement leurs ...

Textes officiels

Fiches Pratiques

Bibliographie

Lettres