222 000 avortements en 2020. Plus ou moins ?

Publié le 28 Sep, 2021

En France, 222 000 avortements ont été pratiqués sur l’année 2020[1]. Si la Drees[2] qui publie ces chiffres, titre sur une « légère baisse », elle précise immédiatement que celle-ci est sans doute « un peu surestimée, du fait de changements intervenus dans les consignes de codage et des choix statistiques effectués pour limiter autant que possible l’impact de ces changements sur la chronique du nombre d’IVG sur les trois dernières années ». Autant dire, sur les chiffres, c’est flou et sur le fond difficilement exploitable… Que faut-il cacher ? La baisse du nombre d’IVG serait-elle une mauvaise nouvelle ? (cf. La santé d’un pays se mesure-t-elle à son taux d’avortement ?)

15,4 IVG pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans

L’agence précise que le niveau des IVG serait proche de celui de 2018 avec une « baisse [qui] se situe entre 9 000 et 11 000 IVG ». En 2020, on compte 15,4 IVG pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans en France. Le niveau de 2018. Les femmes de 20 à 29 ans sont toujours les plus concernées avec des taux de recours de plus de 25‰. Selon les régions, les variations des taux de recours vont « du simple au triple ».

L’année 2020 est marquée par le premier confinement lié à la pandémie du Covid et, de fait, sur les mois de mai et juin, « mais aussi dans une moindre mesure en juillet, et uniquement pour [ceux] réalisés en établissements de santé », le nombre d’avortements diminue. Dès novembre 2020, le nombre de naissances est en baisse laissant à penser que le moindre nombre d’avortements, « particulièrement marqué en mai et juin », est lié avant tout à une baisse des conceptions.

Toujours plus d’IVG médicamenteuses

Si les IVG instrumentales poursuivent leur décroissance, la part des IVG médicamenteuses a, quant à elle, suivant la tendance des années précédentes, fortement augmenté : « en 2020 ce sont 72 % des IVG qui sont réalisées de façon médicamenteuse, contre 68 % en 2019, et 31 % en 2000 ». En cette période de Covid, les femmes se sont tenues loin de l’hôpital pour se tourner vers l’IVG médicamenteuse. La mesure prise par le gouvernement d’autoriser l’avortement en ville « jusqu’à la 9e semaine d’aménorrhée (alors que la réglementation habituelle fixe ce délai maximal à 7 semaines) » (cf. En France, l’IVG médicamenteuse à domicile possible jusqu’à 9 semaines) et de favoriser « la téléconsultation pour la prise en charge de l’IVG médicamenteuse » n’est pas restée sans effet. En regardant la surfacturation des actes concernant les IVG médicamenteuses après le délai de 7 SA, on constate que dès le mois de mai 2020, les femmes ont eu recours à cet élargissement : « 13 % des forfaits IVG étaient facturés au montant le plus élevé en avril 2020, 85 % des forfaits en mai 2020, et 95 % à 96 % à partir de juin et jusqu’à la fin de l’année 2020 ». Sur cette mesure annoncée comme temporaire, aucune déclaration du gouvernement ne laisse supposer qu’elle sera prochainement abrogée. Le sera-t-elle un jour ?

Enfin, « la crise sanitaire n’a donc pas allongé l’âge gestationnel des IVG pratiquées en milieu hospitalier, note l’agence, ce qui suggère que le recul du nombre d’IVG n’est pas lié à des difficultés d’accès augmentant la durée des parcours ». Il faudra s’en souvenir le moment venu.

Sortir du tout IVG

Malgré ces chiffres toujours exceptionnellement élevés, à l’occasion de la « journée mondiale de l’avortement » du 28 septembre, la presse française continue de s’interroger sur le supposé « droit » à l’avortement qui n’est toujours pas « garanti aux femmes » ou « toujours à défendre » (cf. 40 ans après la loi Veil, un « droit fondamental » à l’IVG ?).

Pourtant, les témoignages de femmes brisées par une IVG abondent. Comme Julia, 29 ans, qui a vécu une IVG instrumentale à 12 semaines, elles regrettent amèrement. « Je n’arrive pas à me relever de ce traumatisme. Mon enfant me manque, il y a un vide, une sensation d’être “morte de l’intérieur”. Je ne comprends pas pourquoi j’ai fait ça, et encore moins pourquoi tout le monde m’y a encouragé comme si c’était une simple formalité ! Nous vivons dans une société inhumaine. Avant, je n’avais pas vraiment d’avis sur l’avortement mais après l’avoir vécu, je suis totalement contre car tout est préférable à cette option ! »[3]. Ou bien celui d’Amélie, 21 ans, déposé sur Facebook, qui a eu recours une IVG médicamenteuse à 6 SA [4] : « C’est difficile et j’ai besoin d’en parler, même quelque part besoin de faire vivre ce bébé qui n’a pas vécu très longtemps… » (cf. Etude sur l’IVG médicamenteuse : « Je n’ai jamais eu aussi mal de ma vie. Une douleur sans nom »).

Que disent ces chiffres sinon que le tout avortement demeure le seul message adressé aux femmes en France ? Un acte qui les laisse exsangues et qui imposerait pourtant une prise en compte et une prise en charge à mille lieues des politiques publiques actuelles. Jusqu’à quand ?

 

[1] Drees : Interruptions volontaires de grossesse : une légère baisse du taux de recours en 2020.

[2] Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques.

[3] Source : IVG.net. Témoignage de Julia, 29 ans.

[4] Semaine d’aménorrhée : IVG : vous hésitez ? Venez en parler ! | Facebook

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