Don de rein à partir de donneurs vivants

Publié le : 1 février 2011

La Croix publie un dossier sur la greffe de rein à partir de donneur vivant, un des sujets examinés lors du débat parlementaire sur le projet de loi de bioéthique le 8 février 2011. Actuellement, la loi française autorise les greffes d’organes à partir de donneurs vivants pour le rein, le poumon et le foie (pouvant se partager entre deux lobes). En pratique, les greffes de poumons ne sont plus effectuées en France et les greffes de foie ont fortement diminué depuis la mort d’un donneur en 2007. La priorité est aujourd’hui donnée à la greffe rénale.

Le projet de loi relatif à la bioéthique prévoit une nouveauté dans ce domaine : le don croisé d’organes. Plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, les Etats-Unis, le Japon et les Pays Bas ont autorisé ce type de don.

Depuis la loi de bioéthique de 2004, le receveur peut bénéficier d’un don s’il vient d’un membre de sa famille nucléaire, de son conjoint ou de toute personne ayant au moins 2 ans de vie commune avec lui.  Le candidat au don doit passer de nombreux tests avant pour s’assurer de sa compatibilité immunologique et sanguine avec le receveur. Il est également entendu par un comité de 5 personnes (3 médecins, 1 psychologue et 1 spécialiste des sciences humaines) pour vérifier son consentement libre et éclairé, "sans aucune pression, ni contrepartie financière". Près de 30% des candidats au don ne sont pas retenus au final : cette "sélection" assure la bonne qualité des reins, pouvant être greffés en dehors d’une situation d’urgence. Selon le Pr. Lionel Badet, responsable de la coordination de transplantation rénale aux Hospices civils de Lyon, cette qualité explique aussi le meilleur résultat d’une greffe rénale faite à partir d’un donneur vivant par rapport à une greffe à partir de donneur décédé. Selon le professeur Christophe Legendre, chef du service de transplantation rénale adulte de l’hôpital Necker à Paris, "la greffe est sans conteste le meilleur traitement" pour les personnes en insuffisance rénale terminale suivant un traitement en dialyse. "Une dialyse permet de redonner 15 à 20% de la fonction rénale contre 50 à 60% pour une greffe".

La France apparaît en retrait sur le don de reins à partir de vivants avec 223 prélèvements en 2009 contre 800 au Royaume-Uni et 400 au Pays Bas. Les risques potentiels de ce type de greffes pour le donneur en sont la raison essentielle. "Dans notre pays, la médecine a toujours été très inspirée par un principe fort : celui de “ne pas nuire” (non nocere) au patient. C’est une des raisons qui, historiquement, expliquent notre réserve sur les dons du vivant" explique le Dr. Marie Thuong, responsable du pôle stratégie greffe à l’Agence de la biomédecine. Si l’on ne peut éviter tout risque, notamment les risques de complications importantes liés à toute intervention chirurgicale (lesquels se situent entre 0,3 et 1%), des études montrent qu’ "on peut mener une vie tout à fait normale avec un seul rein" sans "plus de problèmes de santé que la moyenne de la population" explique le Pr. Benoît Barrou, responsable du programme de transplantation rénale à la Pitié-Salpêtrière.

Le don d’un rein n’est jamais un acte anodin, y compris au sein d’une famille. Même dans le cercle familial, "il peut y avoir des ‘pressions’ sur le donneur. Mais à tout moment du parcours, celui-ci peut renoncer" explique Jean-Pierre Scotti, président de la Fondation Greffe de vie. Il ajoute que le donneur peut demander au médecin d’évoquer une raison médicale s’il ne veut avoir à expliquer son refus à ses proches.

A l’approche de la révision de la loi de bioéthique, certaines associations, souhaitent que ce don soit élargi aux amis proches du receveur, soit "toute personne ayant avec le receveur un ‘lien affectif étroit et stable’ ". Pour Yvanie Caillé, cofondatrice de "Demain la greffe", il ne semble "pas normal de refuser à un ami proche et motivé le droit de s’engager dans cette démarche altruiste au profit d’une personne qui lui est chère". Elle estime que la France possède un "dispositif de contrôle très lourd" suffisant pour "s’assurer des motivations du donneur". Le député Jean Leonetti s’oppose à cet élargissement soulignant les risques de pression – qui parfois existent déjà dans les familles – et de marchandisation. Evoquant quelques cas où des membres "fictifs" d’une famille se sont présentés comme candidat au don, sans doute moyennant compensation financière, il prévient que "c’est ce risque de marchandisation qui pourrait se produire si nous autorisons le don pour des personnes ayant un lien affectif “étroit et stable” avec le receveur. Comment être certain, dans tous les cas, que ce lien affectif est bien réel ? Comment être sûr que cet “ami” n’est pas en réalité une personne à qui on aura proposé d’acheter un rein ?" Ces questions légitimes doivent selon lui "nous inciter à ne pas voter cet élargissement".

La Croix (Pierre Bienvault, Dominique Quinio, Yvanie Caillé) 01/02/11

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