Des start-ups dans la course aux gamètes artificiels

Publié le 2 Déc, 2021

Aux Etats-Unis, trois start-ups poursuivent un même objectif : obtenir des ovocytes à partir de cellules adultes. Et breveter le processus. Conception, fondée par Matt Krisiloff [1], emploie seize scientifiques dans la Silicon Valley et a levé 20 millions de dollars pour cela. Ivy Natal, établie à San Francisco. Et Gameto, qui mène ses recherches dans le laboratoire du généticien George Church [2].

Si Conception tente d’imiter le développement fœtal, ses deux concurrents souhaitent aller au plus pressé : ainsi Gameto développe des bases de données de facteurs de transcription. Dans le but d’identifier les facteurs à diffuser dans le milieu de culture des cellules souches pour qu’elles se différencient en gamètes.

A ce jour personne n’a démontré la possibilité d’obtenir des ovocytes humains à partir de cellules adultes. In vitro, après avoir prélevé une cellule sur un adulte, par exemple un globule blanc, les chercheurs la reprogramment en cellule souche. Ensuite, et c’est cette étape qui n’est pas au point, il s’agit d’inciter les cellules souches à se différencier en ovocytes. C’est là toute la difficulté : l’ovocyte est l’une des plus grosse cellule du corps. Une femme naît avec un stock d’ovocytes et n’en produit plus ensuite. La maturation des ovocytes a donc lieu au cours du développement fœtal. Les chercheurs tentent de reproduire l’environnement ovarien, sans succès pour le moment.

Ce type de recherche fait donc appel à des tissus fœtaux, issus d’avortement. Conception en particulier, mais la société refuse de dire où elle obtient actuellement ses « dons » de tissus fœtaux. La start up cherche toutefois à travailler uniquement à partir de cellules iPS, pour éviter la polémique.

Matt Krisiloff s’est inspiré des travaux de deux japonais, Kastuhiko Hayashi et Mitinori Saito, qui travaillent sur des cellules de souris. En 2016, ils ont converti des cellules de peau de souris en ovocytes fertiles, in vitro (cf. Des chercheurs japonais convertissent des cellules souches en quasi-ovocytes). Cinq ans plus tard, ils ont mis au point des « structures folliculaires fonctionnelles pleinement capables de soutenir la production d’ovocytes ». Financés par le gouvernement japonais et des donateurs américains, ils essaient désormais de réitérer leurs expériences avec des cellules humaines.

Si les chercheurs atteignent leur but, les « réserves d’ovocytes » seraient alors illimitées, ouvrant la voie à la « sélection génomique à grande échelle et à l’édition des embryons » (cf. Gamétogenèse in vitro : à la porte de la science-fiction).

Complément du 17/07/2023 : Matt Krisiloff et ses collègues de la start-up Conception affirment que leur entreprise est la première à avoir réussi à faire de la gamétogenèse in vitro une réalité en créant des follicules ovariens. L’entrepreneur indique avoir levé « près de 40 millions de dollars ». Conception compte désormais plus de 40 employés.

L’ambition de la société est de prouver, d’ici un an, que leurs follicules peuvent donner des ovules capables d’être fécondés pour « donner des embryons et des bébés ».

« Ce qui m’intéresse le plus, c’est que cela pourrait permettre aux couples de même sexe d’avoir des enfants biologiques ensemble », explique Matt Krisiloff. « Je suis homosexuel et c’est ce qui m’a amené à m’intéresser personnellement à cette question dès le départ », précise-t-il (cf. Des souriceaux nés de deux « pères »).

Pour le moment, l’entreprise a donné peu de détails quant à ses expériences et n’a pas publié ses résultats dans une revue scientifique. Certains scientifiques sont sceptiques quand d’autres les pensent crédibles. « Conception dispose d’une équipe de plus de 30 scientifiques, ainsi que d’un accès à un financement et à des ressources suffisants pour soutenir une recherche rigoureuse sur la gamétogenèse in vitro », estime le Dr Paula Amato, de l’Oregon Health & Science University de Portland.

 

[1] 3 fondateurs : Pablo Hurtado Gonzalez, biologiste ; Bianka Seres, embryologiste ; l’entreprise avait d’abord pris le nom de « ovid research »

[2] fondée par Martin Varsavsky et en partie financée par 23andMe

Sources : MIT, Antonio Regalado (28/10/2021) ; NPR, Rob Stein (15/07/2023)

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