Gamétogenèse in vitro : à la porte de la science-fiction

Publié le 12 Jan, 2017

La gamétogenèse in vitro, une nouvelle procédure pour créer des gamètes à partir de cellules souches, devrait faire l’objet d’un débat dès maintenant. C’est ce que déclarent trois chercheurs américains : Eli Adashi, professeur de sciences médicales à l’Université Brown à Rhode Island, Glenn Cohen, professeur de droit à la Harvard Law School, et George Daley, doyen de la Harvard Medical School. Dans un article publié hier par la revue Science Translational Medicine, ils décrivent « le meilleur et le pire » à attendre de cette technique.

 

La gamétogenèse in vitro n’est pas encore au point pour être utilisée chez l’homme, mais des chercheurs japonais annonçaient au mois de novembre la naissance de souris créées à partir de cellules de peau de leurs « parents » (cf. Des chercheurs japonais se lancent dans la création d’ovocytes artificiels). Ce champ de recherche « progresse à une vitesse fulgurante », expliquent les chercheurs, et une prise de conscience s’impose dès aujourd’hui car cette procédure pourrait avoir un « impact dramatique ». Elle conduirait à faire de « l’élevage d’embryons à une échelle massive » pour donner aux parents « le choix de l’enfant idéal ».

 

La création de spermatozoïdes et d’ovules in vitro à partir de cellules de peau est possible par reprogrammation de ces cellules de peau en cellules souches (iPS) (cf. Des gamètes humains artificiels créés à partir de cellules souches). Ces iPS sont ensuite développées en gamètes, spermatozoïdes ou ovules. Ainsi, la difficulté d’obtenir des ovules pour les Fécondations In Vitro serait contournée, la présence d’organes reproducteurs deviendrait facultative. La perspective de produire des gamètes – et donc des embryons – en quantité illimitées se dessine. Un couple pourrait alors choisir parmi « un pool d’une centaine d’embryon » celui qu’il souhaite implanter. Ces scénarios de science-fiction peuvent devenir réalistes insistent les auteurs.

 

Ils donnent d’autres possibilités ouvertes par cette technique : « les couples homosexuels pourraient avoir des enfants 100% biologiques » (cf. Des enfants issus du patrimoine génétique de leurs parents homosexuels ?), et même, « rien n’empêche de créer les ovules et le sperme de la même personne », imagine Eli Adashi. Il s’inquiète aussi de l’éventualité de devenir « parent involontaire » puisqu’il est facile d’obtenir des cellules de peau à l’insu de la personne.

 

Plutôt que de se laisser « surprendre » par l’avancée de ce champ de recherche, les trois auteurs préconisent un débat éthique à grande échelle. « La gamétogenèse in vitro peut se concrétiser, ce n’est qu’une question de temps », prévient le docteur Eli Adashi.

Science Translational Medicine (11/01/2017)

Photo : Pixabay/DR

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