CRISPR or not CRISPR ? La FDA approuve deux thérapies géniques pour la drépanocytose

Publié le 11 Déc, 2023

Vendredi, la Food and Drug Administration (FDA) a approuvé deux thérapies géniques pour la drépanocytose [1], « faisant de l’une d’entre elles le premier traitement aux Etats-Unis basé sur la technologie d’édition de gènes CRISPR » (cf. Drépanocytose : une thérapie jugée « sûre » par la FDA).

Casgevy, développé par Vertex Pharmaceuticals et CRISPR Therapeutics, utilise l’outil d’édition génétique CRISPR (cf. Essai CRISPR : la FDA s’interroge sur de possibles transmissions à la descendance). Lyfgenia de Bluebird bio insère des gènes modifiés par l’intermédiaire de « virus désactivés » (cf. Les thérapies géniques développées par Bluebird soutenues par les experts de la FDA). Tous deux ont été autorisés pour les personnes âgées de 12 ans et plus. La thérapie CRISPR fait également l’objet d’un examen par la FDA pour une autre maladie du sang, la bêta-thalassémie, avec une décision attendue pour le 30 mars.

Deux traitements en concurrence

Le prix de la thérapie VertexCRISPR est de 2,2 millions de dollars aux Etats-Unis. L’autre s’élève à 3,1 millions de dollars. Les deux traitements, présentés comme ne nécessitant qu’une seule administration, devraient être disponibles au début de l’année 2024.

Selon deux analystes de Wall Street, le prix plus élevé du traitement de Bluebird et l’avertissement relatif à sa sécurité vont entraver ses ventes par rapport à Casgevy.

En effet la FDA a ajouté un avertissement pour le Lyfgenia concernant le risque de cancer du sang après la découverte d’une leucémie myéloïde aiguë chez deux patients lors de l’essai (cf. Thérapie génique de la drépanocytose : une augmentation du risque de cancer du sang). Les responsables de la FDA ont déclaré qu’ils n’avaient pas observé de tels cas chez les patients de Vertex, mais qu’ils surveilleraient les effets secondaires.

Des risques à surveiller

« Les mesures prises aujourd’hui font suite à des évaluations rigoureuses des données scientifiques et cliniques nécessaires pour soutenir l’approbation », affirme Peter Marks, responsable de la FDA.

Toutefois, les données sur l’effet persistant des thérapies étant limitées, les entreprises prévoient de suivre les patients sur 15 ans. La FDA a, quant à elle, indiqué que les patients seraient surveillés tout au long de leur vie « pour détecter d’éventuelles tumeurs malignes ».

En outre, ce type de traitement implique « une chimiothérapie à haute dose »[2], avec un risque potentiel d’infertilité. Andrew Obenshain, PDG de Bluebird, a d’ailleurs déclaré que l’entreprise cherchait à obtenir une prise en charge par l’Etat de la congélation des gamètes pour les patients.

Des patients qui restent à convaincre

Jennifer Fields vit avec la drépanocytose depuis 39 ans. « Comme je l’ai entendu dire par de nombreuses personnes touchées par cette maladie, la drépanocytose est le diable que je connais déjà et avec lequel je vis. Pourquoi risquerais-je de l’échanger contre un autre ? », témoigne-t-elle.

« Opter pour une nouvelle thérapie n’est pas une décision facile à prendre, affirme-t-elle. La thérapie génique nécessite de longs séjours à l’hôpital, ce qui signifie des absences vis-à-vis de la famille, des enfants et du travail, un soutien constant de la part du personnel soignant et des médecins, et des frais médicaux astronomiques, sans parler des risques médicaux associés, notamment l’infertilité, l’augmentation du risque de cancer et la mortalité liée au traitement. »

Complément du 12/12/2023 : Le Casgevy fait désormais l’objet d’une demande de mise sur le marché en Europe.

Complément du 14/12/2023 : Après avoir reçu le feu vert de la FDA pour sa thérapie génique contre la drépanocytose, Vertex Pharmaceuticals va payer jusqu’à 100 millions de dollars pour utiliser la technologie détenue par Editas Medicines. En vertu de ce nouvel accord, Vertex obtient des droits non exclusifs pour les traitements d’édition de gènes ex vivo ciblant le gène BCL11A pour la drépanocytose et la bêta-thalassémie.

Ce paiement fait partie d’une longue bataille juridique autour de la propriété intellectuelle de l’outil CRISPR (cf. CRISPR : le brevet américain attribué au Broad Institute de Cambridge). Le brevet d’Editas expire en 2034.

Complément du 19/01/2024 : Après avoir approuvé le Casgevy en décembre pour le traitement de la drépanocytose, la Food and Drug Administration (FDA) a annoncé mardi que ce traitement était désormais autorisé pour les patients âgés de plus de 12 ans atteints de bêta-thalassémie « dépendante de transfusions ».

 

[1] La drépanocytose est une maladie du sang héréditaire. Elle touche environ 100 000 personnes aux Etats-Unis, dont la plupart sont des Noirs. En effet, une étude a révélé qu’en 2016-2018, plus de 93% des personnes atteintes de drépanocytose qui ont été hospitalisées étaient noires.

[2] Pour « faire de la place » aux cellules modifiées

Sources : Reuters, Leroy Leo and Bhanvi Satija (08/12/2023) ; Stat, Jennifer Fields (08/12/2023) ; Le Monde (12/12/2023) ; Fierce biotech, Gabrielle Masson (13/12/2023) ; Medical Xpress (17/01/2024) – Photo : iStock

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