Loi de bioéthique : le vivant, un « cobaye légal » ?

Publié le : 21 janvier 2021

« Embryons humains génétiquement modifiés, embryons animaux transformés avec des cellules humaines, enfants en pleine santé avortés à neuf mois de grossesse… Est-ce là le monde dont nous rêvons ? » Car c’est bien ce que contient le projet de loi de bioéthique qui arrive au Sénat en deuxième lecture le 2 février (cf. Loi de bioéthique au Sénat : les institutions en panne, [Infographie] Comprendre les enjeux de la loi de bioéthique avant sa 2e lecture par le Sénat), alerte Aude Mirkovic, maître de conférences en droit privé et porte-parole de l’association Juristes pour l’enfance.

« Il est certes plus simple et plus économique d’offrir l’avortement comme réponse à la détresse psychosociale d’une femme plutôt que de rechercher avec elle des solutions porteuses d’avenir, déplore la juriste. Mais où est le progrès social ? » Et « il est sans doute plus enivrant pour un chercheur de transgresser les lois du vivant, mais quel genre progrès humain réalise l’autorisation légale d’introduire des cellules souches humaines dans un embryon de souris, de porc ou de singe ? » interroge-t-elle. Autant de « bricolages débridés » qui « n’augurent rien de bon pour personne et certainement pas pour les générations futures qui paieront les pots cassés de nos expérimentations égoïstes et irresponsables », prévient Aude Mirkovic (cf. Le manuscrit de He Jiankui confirme les risques encourus par les bébés OGM).

Une « régression majeure »

Pour la juriste, « il est encore temps de comprendre que la question de la procréation médicalement assistée (PMA) pour les femmes célibataires et pour les couples de femmes, qui accapare le débat politique et l’espace médiatique, n’est que la partie visible de l’iceberg d’un projet de loi qui institutionnalise le bricolage technologique sur le vivant devenu cobaye légal ». Même si, selon elle, il faut « dénoncer l’injustice, dissimulée sous de pseudo-prétentions d’égalité » que génère la « PMA pour toutes » vis-à-vis des enfants qui en seront le fruit. Car c’est une mesure qui les prive « délibérément et définitivement » de leur père. Une « régression majeure » via le « retour en droit français d’enfants interdits par la loi de rechercher leur père comme l’étaient, au XIXe siècle, les enfants nés hors mariage privés d’action en recherche de paternité ».

La PMA pour tous : « cible réelle du marché de la procréation »

Par ailleurs, Aude Mirkovic rappelle que la « PMA pour toutes », c’est l’ouverture de la PMA aussi pour les couples homme-femme fertiles. « La cible réelle du marché de la procréation. » Avec en ligne de mire la possibilité de choisir le sexe de l’enfant comme aux Etats-Unis, d’éviter un strabisme comme en Grande-Bretagne ou encore de viser un QI élevé comme en Chine (cf. Fille ou garçon ? Le DPNI pour identifier le sexe même en cas de grossesse gémellaire, Bébé parfait, eugénisme, transhumanisme : l’enchainement, En Australie, vers des « bébés sur mesure » ?). « La sélection, toujours plus poussée, de l’humain. »

« Il suffit d’un peu de volonté politique », affirme la porte-parole de Juristes pour l’enfance. Mais « pour autant, le monde de demain ne dépend pas seulement de nos parlementaires ». « Nous sommes tous décideurs, au minimum de ce qui se passe dans nos propres vies », affirme Aude Mirkovic. Alors « peut-être va-t-il falloir accepter de repenser nos modes de vie et nos propres contradictions ». Car pour la juriste, la racine est bien dans le principe même de la PMA qui « absolutise notre désir d’avoir un enfant, et nous fait ainsi passer de la procréation humaine à la production de l’humain, « en faisant de l’enfant le produit de technologies scientifiques » selon les termes mêmes du Conseil d’Etat ».

Source : Valeurs actuelles, Aude Mirkovic (21/01/2021)

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