Anne-Dauphine Julliand: « légaliser l’euthanasie serait une défaite »

Publié le : 23 janvier 2014

 Dans une interview accordée à l’hebdomadaire Valeurs actuelles, Anne-Dauphine Julliand, journaliste et auteur de « Deux petits pas sur le sable mouillé » affirme que « l’euthanasie n’est pas compatible avec la solidarité que nous devons aux plus faibles« . 

 

Le 14 décembre dernier, lors de sa conférence de presse, François Hollande, a annoncé qu’un texte de loi devrait prochainement être déposé afin qu’un majeur puisse « terminer sa vie dans la dignité » (Cf Synthèse de presse Gènéthique du 15 janvier 2014). Pour Anne-Dauphine Julliand, la formulation du président de la république est « très ambiguë » et peut être entendue de deux manières: « soit qu’il ouvre la porte à l’euthanasie, soit qu’il veut renforcer la loi Léonetti« . Un doute qui, pour A-D Julliand, est entretenu « à dessein » par le président. Pourtant, précise-t-elle, la mission Sicard, le Comité consultatif national d’éthique ou encore l’ordre des médecins « ce sont prononcés contre la légalisation de l’euthanasie« .  

 

Récemment, un panel de citoyen s’est prononcé en faveur du suicide assisté (Cf Synthèse de presse Gènéthique du 16 décembre 2013) et les sondages révèleraient quant à eux une majorité de Français favorable à l’euthanasie. Mais A-D Julliand alerte: l’Institut Ipsos a précisé que le pan de citoyen « n’était pas représentatif de la société française » et les sondages sur l’euthanasie pour leur part « ne proposent pas d’alternative.Tout le monde voudrait mourir dans la dignité « . La question à poser aux français ne serait donc pas de savoir si les français sont favorables ou non à l’euthanasie mais serait la suivante : « souhaiteriez-vous être accompagnés jusqu’à la fin de votre vie et bénéficier de soins palliatifs en cas de douleurs extrêmes« .

 

Revenant sur l’affaire Vincent Limbert, A-D Julliand insiste sur le fait qu’il ne « faut pas chercher à instrumentaliser » cette affaire qui est avant une « tragédie familiale […] on ne peut s’appuyer sur un cas particulier » qui plus est « complexe pour légiférer« . Ayant lancé un appel « solidaire en fin de vie » avec notamment Tugdual Derville et Jacques Ricot, la journaliste souligne que « beaucoup de demandes d’euthanasie sont des appels de détresse« , et c’est précisément « la solitude qui […] conduit [les gens] à s’abandonner à la mort« . Or, précise-t-elle, « il suffit parfois d’un rien pour redonner goût à la vie. Ce devoir de solidarité, c’est notre responsabilité de citoyens« . « Voulons-nous d’une société où les uns seront jugés dignes de vivre, les autres non? » et « avons-nous le droit d’exiger d’un autre qu’il nous donne la mort? » interroge-t-elle pour conclure.

<p> Valeurs actuelles (Fabrice Madouas) 23/01/2014</p>

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