Vers une thérapie génique in utero ?

Publié le 9 Juin, 2023

Lors de la réunion annuelle de l’American Society of Gene & Cell Therapy qui s’est tenue à Los Angeles du 16 au 20 mai, des chercheurs ont présenté leurs derniers résultats en matière de thérapie génique in utero.

Les motivations des chercheurs

« Le principal avantage de l’administration de thérapies in utero serait de prévenir la maladie avant qu’elle ne survienne », explique Bill Peranteau, chirurgien pédiatrique et fœtal à l’hôpital pour enfants de Philadelphie, dont l’équipe a fait une présentation lors de la conférence.

Au stade fœtal, de nombreuses cellules ne sont pas « spécialisées ». En outre, le système immunitaire n’a pas encore atteint sa pleine maturité, il est donc moins susceptible de rejeter une thérapie. Enfin, le fœtus étant petit, la dose n’a pas besoin d’être importante. Et ces traitements sont « complexes et coûteux » (cf. Dystrophie musculaire : une thérapie génique approuvée par les experts de la FDA).

Différentes recherches sont menées à travers le monde, essentiellement chez la souris à ce stade. Elles concernent diverses pathologies : mucoviscidose, épidermolyse bulleuse (cf. Une thérapie génique sous forme de pommade) ou encore maladies cérébrales congénitales, et s’intéressent entre autres à la problématique de l’« acheminement » de la thérapie jusqu’à sa cible.

Le défi de l’acheminement

« L’acheminement reste un très grand défi », reconnaît Rohan Palanki, un bioingénieur et étudiant en médecine qui travaille avec Bill Peranteau. Car il s’agit de « s’assurer qu’elle est destinée au bon organe et à l’enfant, et non à la mère ». Pour y répondre, les chercheurs travaillent à « optimiser le vecteur microscopique[1] qui délivre la thérapie génique, injecter le traitement dans une région spécifique ou à un moment précis de la grossesse, ou tout cela à la fois ».

Beltrán Borges, chercheur postdoctoral en chirurgie pédiatrique à l’Université de Californie à San Francisco a examiné deux voies de traitement pour l’amyotrophie spinale : par la veine ombilicale ou directement dans le crâne du fœtus. Son essai a porté sur le mouton. Les scientifiques ont constaté que les instructions envoyées par le cordon ombilical sont bien allées là où ils l’espéraient, c’est-à-dire dans le cerveau, la moelle épinière et les cellules musculaires. Mais également dans les ovocytes d’agneaux femelles. Or l’édition de cellules germinales est la « grande ligne rouge » que « tout le monde respecte », car ces modifications de l’ADN pourraient être transmises à la génération suivante. Or les thérapies géniques ne sont pas conçues pour être héréditaires.

Le défi de la réponse immunitaire

Un autre sujet de recherche est celui de la réponse immunitaire. Dans une présentation, un chercheur a montré que lorsque des souris enceintes étaient immunisées contre le virus AAV9, souvent utilisé pour administrer une thérapie génique, le nombre de morts fœtales était plus important.

Dans le cadre de futurs essais chez l’homme, les chercheurs envisagent d’injecter la thérapie directement dans le cordon ombilical au début de la grossesse pour « protéger le fœtus de la réponse immunitaire de la mère ». Des essais qui « n’auront probablement pas lieu avant 5 à 10 ans », estime Bill Peranteau.

 

[1] Virus ou nanoparticule

Source : Wired, Max G. Levy (22/05/2023)

Partager cet article

Synthèses de presse

Lésions cérébrales : les traitements arrêtés trop tôt ?
/ Fin de vie

Lésions cérébrales : les traitements arrêtés trop tôt ?

Certains patients souffrant de lésions cérébrales traumatiques et décédés après l'arrêt des traitements de « maintien en vie » auraient pu se ...
Estonie : condamné pour assistance au suicide
/ Fin de vie

Estonie : condamné pour assistance au suicide

Le tribunal du comté de Tartu, en Estonie, a condamné un homme en raison de ses activités illégales liées à ...
Guérir le VIH avec CRISPR ? Un essai in vivo décevant
/ Génome

Guérir le VIH avec CRISPR ? Un essai in vivo décevant

La tentative d'Excision BioTherapeutics d'utiliser une thérapie génique basée sur l’outil CRISPR pour guérir le VIH ne s’est pas montrée ...

Textes officiels

Fiches Pratiques

Bibliographie

Lettres