Pr Alain Privat: Les cellules iPS sont « l’avenir de la médecine moderne »

Publié le : 14 mars 2013

Alors que la proposition de loi autorisant la recherche sur l’embryon s’apprête à être discrètement étudiée à l’Assemblée Nationale le 28 mars prochain, après une première adoption par le Sénat, le 4 décembre dernier (Cf Synthèse de presse Gènéthique du 5 décembre 2012), le Pr Alain Privat, dans une interview à l’hebdomadaire Famille Chrétienne, dénonce les raisons qui poussent à soutenir une telle proposition et alerte sur les dérives auxquelles son adoption pourrait mener.

 

Interrogé en premier lieu sur les raisons d’un tel examen parlementaire alors qu’il existe déjà des dérogations au principe d’interdiction des recherches embryonnaires, le Pr Alain Privat explique qu’ « en France, l’industrie pharmaceutique et les laboratoires de recherche en pharmacologie sont autocentrés sur la recherche sur les cellules souches embryonnaires« . Avec cette proposition de loi, si elle est votée, « l’industrie pharmaceutique estime pouvoir faire des économies de plusieurs milliards de dollars en supprimant des étapes coûteuses comme les essais sur le modèle animal« . Or, précise le Pr Privat, « une alternative à la recherche sur l’embryon humain » a été trouvée par le Pr Yamanaka qui, en octobre 2012, a reçu le prix Nobel de médecine. Cette alternative est l’utilisation des cellules iPS, des cellules adultes qui, une fois rajeunies, retrouvent des propriétés équivalentes aux cellules souches embryonnaires (ES) (Cf Synthèses de presse Gènéthique du 08/10/2013 et 16/11/2012). 

 

Le Pr Alain Privat regrette ainsi qu’en France, « aucune disposition [ne soit] prise pour encourager la recherche dans ce sens [sur les cellules iPS] » alors « qu’aux Etats-Unis, en Allemagne ou au Royaume-Uni, c’est très encouragé car très prometteur« . Ainsi en est-il de « l’Agence nationale de la recherche [qui] n’a jamais fait d’appel d’offre en France pour les cellules iPS« . Pourtant, ajoute-t-il, « cela nous aurait permis d’abaisser considérablement les coûts et de faire en sorte que les recherches sur les cellules souches embryonnaires humaines deviennent caduques« . 

 

Ainsi, pour le professeur neurobiologiste à l’université de Montpellier et ancien directeur d’unité à l’Inserm, « la conformité de cette loi va tuer l’innovation« . Car selon lui, « cette recherche sur les iPS serait certes plus lourde financièrement, mais elle permettrait à terme une thérapeutique ciblée pour chaque patient. C’est cela l’avenir de la médecine moderne« . 

Si cette loi était votée, elle aurait pour conséquence le dépôt « de centaines de dossier […] à l’Agence de biomédecine pour obtenir gratuitement ces embryons stockés dans les Cecos (Centre d’étude et de conservation des oeufs et du sperme humain)« . Mais ce vote engendrerait d’importantes dérives éthiques: « nous nous acheminons vers des embryons-médicaments. L’embryon sera définitivement considéré comme un simple produit biologique et la tentation sera forte de vouloir créer des chimères ou individus parfaits« . Pour le Pr Privat, « on appelle cela de l’eugénisme« . Ce « sera aussi une porte ouverte sur un choix de société ou tout est à vendre, y compris l’humain« . 

En marge de l’interview, l’hebdomadaire Famille chrétienne mentionne que la pétition en ligne (1) de la Fondation Jérôme Lejeune « pour protester contre la recherche sur l’embryon […] a déjà recueilli 40 000 signatures. Elle vise à mobiliser contre la proposition de loi qui sera examinée le 28 mars à l’Assemblée« . 

(1) www.vous-trouvez-ca-normal.com 

<p> Famille chrétienne (Sabine de Rozières) 16/03/2013</p>

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