Patrick Leblanc: le nouveau test de dépistage de la T21, une « prouesse technique », mais « est-ce aussi un progrès médical? »

Publié le : 5 décembre 2012

Dans une tribune publiée par Le Quotidien du Médecin, le Docteur Patrick Leblanc, gynécologue-obstétricien et coordinateur du Comité pour sauver la médecine prénatale (CSMP) interpelle sur la nécessité d’une réflexion éthique préalablement à la mise en place du nouveau test de diagnostic prénatal de la trisomie 21, (DPN NI). En effet, quelques brins d’ADN foetal circulant chez la gestante peuvent être détectés, étudiés de manière très précoce et fiable, évitant l’amnio- ou choriocentèse". (Cf Synthèses de presse Gènéthique du 30/07/12, 29/08/12). Le Dr Patrick Leblanc s’interroge: "prouesse technique, est-ce aussi un progrès médical?

Pour le Dr Patrick Leblanc "quinze années de traque institutionnalisée de la T21 [trisomie21] ont engendré une certaine anesthésie des consciences avec une banalisation de la iatrogénicité de l’amniocentèse et la perte d’au moins 500 foetus normaux par an". En outre, précise-t-il, "nous assistons à une course dans la performance et la précocité des tests. En matière de T21, il faut dépister plus et plus tôt pour éliminer plus". Alors que le test a déjà fait l’objet d’une commercialisation dans 4 pays européens, sous le nom de Prenatest (Cf Synthèse de presse Gènéthique du 29/08/12), "2 équipes françaises sont en cours de validation de leurs propres tests annoncés tout aussi performants". Ainsi, le gynécologue-obstéricien interpelle: "la grande fiabilité du DPN NI et l’absence de fausse couche induite autorisent-elles de clore le débat?". 

Poursuivant sur l’accès au test, il mentionne que "parce que 15% des foetus porteurs de la T21 ‘échappent’ au DPN classique, la proposition du DPN NI sera, dans un second temps, étendue à l’ensemble des femmes en vertu du principe de l’égalité d’accès ‘aux soins‘ ", ajoutant qu’en parallèle, "le coût  de ce test diminuera rapidement car les laboratoires ont en ligne de mire le chiffre de plus de 800 000 naissances par an. Un marché juteux expliquant l’âpre concurrencee entre les firmes de génie génétique, des lobbyings rapportés et la volonté d’éluder toute problématique éthique par ses partisans…". 

Autres arguments présentés par les promoteurs du DPN NI, "la possibilité d’interrompre la grossesse dans le cadre d’une IVG car réalisable dans le même délai". S’interrogeant sur l’acceptabilité de cet argument, le Dr Patrick Leblanc répond que celui-ci nous renvoie "non seulement […] à la banalisation de l’acte [d’IVG], mais il nous interroge". Ainsi, il effectue un parallèle avec la peine de mort: "devrions-nous changer d’avis sur la peine de mort parce qu’on en améliorerait les conditions d’application? ". 

Pour le gynécologue-obstétricien, "affirmer que l’information des femmes et des couples qui doit être ‘loyale, claire et adaptée’, permettra d’éviter toute dérive eugénique est un leurre". En effet, "quelle réponse obtiendrons-nous de nos patientes lorsque l’information consistera à dire que [le test diagnostic] est précoce, anodin par prise de sang et qu’il suffira  de quelque comprimés suivis, si besoin, d’un curetage en ambulatoire…?". 

A terme, précise le Dr Patrick Leblanc, "le résultat inéluctable du DPN NI est la naissance de ‘zéro bébé triso’. Peut-on nier l’eugénisme? Est-cela la médecine prénatale? S’agit-il d’une médecine de soin? Quelles autres affections suivront la T21? Quel est notre choix de société?". Pour le gynécologue obstétricien, "ces questions récurentes doivent être débattues de manière urgente", comme le réclame le Comité pour sauver la médecine prénatale. 

Le Quotidien du Médecin (Dr Patrick Leblanc) 05/12/12

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