Loi sur les « thérapies de conversion » : les parents et professionnels de santé mis à l’écart

Publié le 16 Déc, 2021

Mardi 14 décembre, députés et sénateurs ont trouvé un accord sur la proposition de loi visant à interdire les « thérapies de conversion » (cf. Thérapies de conversion : le Sénat vote le texte sans supprimer la notion d’« identité de genre »). Une infraction spécifique a été créée, un délit passible de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende.

Mais pour Christian Flavigny, pédopsychiatre, psychanalyste, et auteur notamment de l’essai Aider les enfants « transgenres », cette proposition entend également « empêcher toute mise en question du souhait d’adolescents voulant changer de sexe ».

Pour le pédopsychiatre, le texte examiné « en procédure parlementaire accélérée » interdirait « des pratiques qui, fort heureusement, n’ont jamais existé en France ». Mais « insidieusement, l’interdiction porte sur un tout autre sujet, estime-t-il. Il s’agit de prohiber toute mise en réflexion du vœu exprimé par des jeunes se ressentant être de l’autre sexe, aussi bien la réflexion des parents qui objecteraient à la prescription d’hormones à des jeunes réclamant d’engager leur “transition“, que celle de professionnels qui auraient recours aux “psychothérapies ». « Ce qui revient à disqualifier les parents et insulter les professionnels », dénonce-t-il.

L’importation de la thèse américaine

« Selon les défenseurs de la proposition de loi, être “transgenre” serait une situation avérée n’appelant aucune mise en questionnement », explique Christian Flavigny. Ils souscrivent ainsi à « la thèse des militants américains », « sans même avoir procédé à l’audition des professionnels du monde psy français (qui l’avaient pourtant sollicitée) ».

A l’inverse de l’approche américaine, « la culture française se caractérise par une compréhension psychologique approfondie du profond malaise de ces jeunes, le prenant très au sérieux mais l’abordant à la racine de la souffrance et non selon des protocoles factices et plaqués », précise le pédopsychiatre. Un « désarroi » que l’approche américaine « rapporte à une fort improbable “erreur de la nature” dénuée de toute pertinence scientifique ».

Christian Flavigny rappelle l’« exemple » de cette star américaine qui avait déclaré attendre la majorité de son enfant pour « le laisser “choisir” le sexe auquel il estime appartenir ». Uniquement un prétexte pour le pédopsychiatre, quand il s’agit en réalité de la « peur d’une contestation future » qui pourrait mener au procès « selon la manière coutumière outre-Atlantique ».

La mise à l’écart des parents

Car « l’identité sexuée comporte la conciliation affective parfois difficile entre la réalité corporelle sexuée et le lien filial inscrivant un destin de garçon ou de fille ». Et la psychologie française « sait travailler à dénouer l’entrave affective qui a pu se constituer, sans en rendre fautifs ni les parents ni le jeune », assure Christian Flavigny.

Dès lors, « écarter les parents d’une décision de “transition” qui engage pour leur enfant le fondement même de son existence, puisqu’il s’agit de son sexe et de son prénom », les « disqualifie sur un sujet fondateur de la relation à leur enfant » et « prive l’enfant de l’assise qu’offre cette relation ». Quand bien même il la remettrait en cause plus tard (cf. Questionnements de genre chez les enfants : un colloque pour éclairer parents et professionnels).

Seuls « deux amendements votés par le Sénat ont légèrement amélioré le texte en préservant un peu la liberté d’intervention des parents et des médecins », précise La Manif pour Tous dans un communiqué de presse, « mais ces articles restent trop facilement interprétables pour être une garantie suffisante pour eux », prévient-elle.

La réalité corporelle

Bien que la réalité corporelle ne soit « qu’une composante » de l’identité sexuée, « elle n’en est pas moins fondatrice », affirme le pédopsychiatre. Un avis partagé par La Manif pour Tous : « N’en déplaise aux idéologues, l’humanité est composée d’hommes et de femmes, différents, égaux et complémentaires. C’est toute la richesse de notre humanité. »

« Ainsi les législateurs français trahissent la culture française, dénonce Christian Flavigny, témoignant une prétention à l’américanisation de la société française qu’ils plaident au nom d’un “progrès” auquel ils auraient pour mission de la convertir : toutes les lois sur la famille et la bioéthique (mariage, adoption, PMA, etc.), depuis plusieurs décennies, traduisent cette déculturation à marche forcée, dans l’idéalisation aveugle des “élites“, véritables zélotes de la manière anglo-saxonne ».

 

Sources : Le Figaro, Christian Flavigny (15/12/2021) ; Ouest France avec AFP (14/12/2021) ; LMPT, CP (14/12/2021) – Photo : Freeimages

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