Les dangers du monopole sur les gènes

Publié le : 19 février 2002

Les situations de monopole sur les brevets ont pour conséquences la hausse des prix, la réduction de l’accès aux tests diagnostiques, le ralentissement de l’innovation et du développement de traitements ou de nouveaux tests plus efficaces. Myriad Genetics, en se réservant l’exclusivité commerciale des gènes de prédisposition aux cancers du sein et de l’ovaire (BRCA1 et BRCA2), empêcherait les médecins de recourir à une autre méthode diagnostique qui serait plus adaptée à leurs patientes. 

 

En effet, Myriad Genetics exige pour tout test diagnostique permettant de savoir les prédispositions d’une femme aux cancers du sein et de l’ovaire, des frais atteignant jusqu’à 3850$. Pour Dominique Stoppa-Lyonnet, chef du service de génétique oncologique de l’Institut Curie (Paris)   » les coûts exigés par Myriad Genetics sont extrêmement élevés, deux, voire trois fois surélevés. Avec des coûts pareils, le financement des tests génétiques [pour le cancer du sein] est un véritable problème en France. D’autant qu’il s’agit d’une pathologie très fréquente dont les indications de test sont très nombreuses, ça risque de faire un trou considérable… un tel trou que les tests ne seront plus faits « .

 

Le problème est que les médecins et généticiens ne peuvent pas utiliser d’autres tests diagnostiques pour vérifier la présence de mutations sur les gènes BRCA que celui développé par Myriad Genetics. Le test ne peut également se faire que dans les laboratoires de la compagnie aux États-Unis ce qui signifie que tous les échantillons de sang des patientes à tester doivent ainsi être envoyés aux laboratoires de Myriad Genetics situés à Salt Lake City en Utah. Or, cette démarche gêne particulièrement les Européens qui interdisent l’exportation d’informations privées hors de leurs frontières.

 

Le Dr Ron Carter, président du Collège des médecins généticiens du Canada, conteste vigoureusement le monopole commercial sur les gènes surtout que  » dans la découverte d’un gène, de longues recherches préliminaires ont été effectuées grâce à des fonds publics. Par conséquent, les brevets qui sont déposés devraient le reconnaître et accorder une part de propriété publique pour tout ce travail qui a été accompli et qui a été financé par la communauté « .

 

Enfin, dans le cadre de recherches, les chercheurs paient des redevances moins élevées au titulaire du brevet si le résultat des tests n’est pas révélé aux femmes à qui le test à été soumis. Mais puisque le détenteur du brevet sur un gène peut refuser à quiconque l’autorisation de commercialiser un produit issu de la recherche ( un médicament par exemple ), il est peu intéressant pour les compagnies d’effectuer des recherches sur des gènes déjà brevetés.

 

Pour le juriste Richard Gold de l’université McGill les brevets de Myriad Genetics sur les prédispositions aux cancers du sein ou de l’ovaire  » freinent la recherche de nouveaux tests diagnostiques plus efficaces et interdisent carrément l’emploi des nouveaux tests que les chercheurs auraient éventuellement créés « .

<p>Le Devoir (Pauline Gravel) 18/02/02</p>

Partager cet article

Synthèse de presse

Chronique audio

Textes officiels

ressources

Fiches pratiques

Bibliographies

S'abonner aux lettres