La vitrification des ovocytes : une alternative aux embryons congelés ?

Publié le : 3 juin 2009

Dans Liberté Politique, Pierre-Olivier Arduin, responsable de la Commission bioéthique du diocèse de Fréjus-Toulon, a interrogé Mgr Jacques Suaudeau, docteur en médecine,  membre de l’Académie pontificale pour la Vie et responsable de sa section scientifique, sur la vitrification des ovocytes comme alternative à la cryoconservation des embryons humains.

Mgr Suaudeau rappelle que les premières destructions d’embryons cryoconservés (à -196°) ont eu lieu en 1996 en Angleterre, puis en France. Aux Etats-Unis, 400 000 embryons sont actuellement cryoconservés et 87% d’entre eux devraient être détruits. En Angleterre, on compte 1,2 million d’embryons congelés.

La situation de ces embryons pose un dilemme moral à leurs parents biologiques (cf. Lettre mensuelle Genethique d’Avril 2009 – n°112). Ceux-ci "n’ont pas le cœur de les faire détruire", ont une grande répugnance à les confier à une adoption par des parents stériles et frémissent à l’idée qu’ils puissent être détruits pour servir à la recherche, explique Mgr Suaudeau.

Ce qui est anormal, souligne-t-il, c’est que, "connaissant ce problème depuis des années, aucun homme politique n’a eu le courage de proposer, en France, un équivalent de ce qui s’est fait en Italie sous le nom de "Loi 40", et qui a mis fin pour un temps à l’accumulation d’embryons cryoconservés, "sans dommages" pour les demandeuses de fécondation in vitro et pour ceux qui les réalisent".

C’est en 1999 qu’a eu lieu la première naissance à partir d’un ovocyte cryoconservé par vitrification, décongelé, fécondé et transféré chez une mère de 47 ans. Pour Mgr Suaudeau, cette technique "pourrait constituer une alternative valable au recours à la cryoconservation des embryons surnuméraires".  En effet, sur le plan éthique, la cryoconservation des gamètes ne pose pas de graves problèmes éthiques, "parce que les lésions ou la destruction de ces cellules n’affecte pas des êtres humains mais seulement des cellules".

Toutefois, on peut relever plusieurs objections à cette technique comme alternative à la cryoconservation embryonnaire. Mgr Suaudeau rappelle d’abord que cette technique n’a d’intérêt que si elle est faite dans le cadre d’une fécondation artificielle, que l’Eglise déclare illicite. Toutefois, ajoute-t-il, "la proposition de congeler les ovocytes plutôt que les embryons représente en soi un progrès sur l’échelle éthique". Il craint également que cette technique ne devienne une sorte "d’attraction fatale" pour des femmes qui ont besoin de ressources. Enfin, il souligne que ce n’est pas parce que cette technique est "plus éthique" que la congélation d’embryons que les centres de fécondation in vitro (FIV) l’adopteront, "sauf s’ils y étaient obligés par une loi".

Mgr Suaudeau explique enfin qu’une bonne part du problème des embryons congelés pourrait déjà être résolue si le "consentement informé" du couple était bien fait. Il demande aussi que l’on exige des couples de se mettre en contact au moins une fois par an avec le centre où seront conservés leurs embryons congelés et de les informer s’ils changent d’adresse. Il suggère enfin des sanctions pénales pour ceux qui fuiraient leurs responsabilités.

Dans un autre article, Pierre-Olivier Arduin dénonce l’explosion du stock d’embryons congelés qui a augmenté en France de 25% entre 2005 et 2006 (cf. Lettre mensuelle Genethique d’Avril 2009 – n°112).

Liberté Politique (Mgr Jacques Suaudeau - Pierre-Olivier Arduin) 29/05/09

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