« L’avortement, une arme absolue du progressisme »

Publié le 10 Mar, 2022

Edito de Jean-Marie Le Méné paru dans le Club VA, le 3 mars 2022

La loi prolongeant le délai de l’IVG de 12 à 14 semaines a donc été votée, donnant à son auteur une opportunité inespérée de sortir de l’anonymat. Inespérée mais garantie. Car une loi sur l’IVG est un moment historique. En France, tout progrès passe par l’IVG. L’avortement est un hymne à la modernité, qui permet soit de se ressourcer dans l’inspiration toujours vivante de Mme Veil, soit de déplorer que notre époque trahisse la source. La loi de 1975 reste l’étalon-or. Peu importe que les institutions professionnelles ou les sociétés savantes aient marqué leur ferme désaccord avec cet allongement du délai, que la demande n’existe pas, que les débats aient été affligeants, que cette affaire ait permis au gouvernement de donner un coup de barre à gauche avant la présidentielle. L’avortement est par nature un acte politique de révolte, d’insoumission, de refus. Il creuse le sillon révolutionnaire dont on ne sort pas. Le chemin de la France est balisé par ces nombreux acquis forgés au creuset de l’avortement, qui crantent notre culture sociétale transgressive. La gauche est toujours au pouvoir même quand elle n’y est pas.

J’en veux pour preuve l’intention exprimée par M. Macron, dans les premières minutes de son discours de président du Conseil de l’Union européenne, de vouloir intégrer l’avortement à la Charte des droits fondamentaux de l’Union. Lorsque le président de la République française s’adresse aux vingt-sept États membres, il parle avec des mots pesés au trébuchet. Qu’a-t-il voulu dire ? En présentant l’avortement comme un bien supérieur, structurant l’État de droit, non négociable, il préempte le champ politique avec une grande économie de moyens. Il renverse l’échelle des valeurs de l’Europe et pulvérise toute opposition. Il sait que le premier qui oserait remettre en cause la doxa sexuelle et reproductive de l’Union sera présumé complice de violences faites aux femmes. Il dotera l’Union européenne d’une arme absolue à l’encontre des derniers pays qui ne seront pas alignés sur la législation la plus progressiste. En recourant à la clause de la nation la plus favorisée, l’Union fera de la surenchère transgressive une règle. De ce fait, elle pourra conditionner ses aides au degré d’« abortivité » des États membres.
Mais il n’est pas exclu que les choses changent. Pour la première fois, grâce à Mme Gaillot, la promotion de l’avortement a été associée à une vision d’horreur. Car parler d’avortement à 14 semaines, c’est admettre la nécessité d’écraser la tête du bébé et de le démembrer. Or, ce sont les promoteurs eux-mêmes de l’avortement qui s’en émeuvent. Voilà près d’un demi-siècle qu’on s’impose de ne pas décrire l’acte pour ne pas culpabiliser ni dissuader les femmes. Mais aujourd’hui, ce sont les praticiens qui donnent matière à illustration. En somme, ils avouent l’inavouable : avorter c’est tuer. Je prédis un effet d’éviction, à l’italienne, où 80 % des médecins ont déserté la pratique de l’avortement, qui n’est pas un soin. Pour faire de la médecine, la blouse blanche ne suffit pas. Les médecins le savent.
Photo : iStock
Jean-Marie Le Méné

Jean-Marie Le Méné

Expert

Magistrat à la Cour des comptes, Jean-Marie le Méné est aussi l'un des fondateurs et président de la fondation Jérôme Lejeune, reconnue d'utilité publique. La Fondation Jérôme Lejeune est spécialisée dans la recherche sur les déficiences intellectuelles d'origine génétique. Soucieuse de développer des thérapies innovantes, la Fondation finance également un consortium international de recherche en thérapie cellulaire. Jean Marie Le Méné est l'auteur de plusieurs ouvrages dont "Le professeur Lejeune, fondateur de la génétique moderne" (1997, édition Mame), "La trisomie est une tragédie greque" (Salvator, 2009) et "Nascituri te salutant" (Salvator, 2009)

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