Embryons chimériques : des associations demandent un référendum d’initiative partagée

Publié le : 8 février 2021

Dans une tribune pour le journal La Croix, différents acteurs[1] de la vie politique et associative interpellent les parlementaires sur le sujet des chimères (cf. (cf. Les embryons chimériques à l’heure de la révision de la loi de bioéthique, [Infographie] Comprendre les enjeux de la loi de bioéthique qui arrive au Sénat en 2e lecture) et appellent à « initier un Référendum d’Initiative Partagée pour contrer ces transgressions majeures afin de ne pas laisser s’instaurer un tel dévoiement de la bioéthique ». « Bien que rejetée mercredi par le Sénat, cette dernière mesure a toutes chances d’être adoptée par la commission mixte paritaire qui aura la mission ultime de concilier les deux versions du texte : celle issue du Sénat avec celle issue de l’Assemblée, l’Assemblée ayant le dernier mot en cas de désaccord », craignent-ils.

Or, « la possibilité réelle de créer des chimères animal-homme aux fins d’une … chimérique fabrication de greffons humains chez le porc n’avait pas été discutée lors des États généraux de la bioéthique » pointent les signataires de la tribune. « Elle ne figurait pas non plus dans le projet initial du gouvernement puisqu’elle a été introduite par des amendements des rapporteurs en séance. »

Ils s’interrogent sur « la raison d’une telle proposition alors que les chercheurs français ne se distinguèrent pas vraiment dans ce curieux domaine qui n’a que peu d’intérêt scientifique ». En effet, « à rebours de toute considération écologique de respect de la nature et d’instrumentalisation de l’animal (cf. Chimères hommes-animaux : des associations de défense des animaux s’insurgent), ce procédé consisterait à injecter des cellules-souches pluripotentes humaines dans un embryon de porc arrivé au stade qui précède l’implantation utérine ». Un embryon « au préalable manipulé génétiquement afin d’inhiber le développement chez le futur animal de l’organe visé – rein en particulier, mais aussi foie ou cœur ». Et « les cellules-souches pluripotentes humaines injectées dans l’embryon pourraient se développer dans la « niche » laissée vide par l’absence de développement de l’organe visé, et former cet organe qui serait alors humain ».

Des problèmes éthiques en nombre

Même si cela leur semble « assez utopique aujourd’hui », les signataires de la tribune pointent tous les dangers éthiques de cette pratique : « rejet incontrôlable de la greffe, car les organes « humains » créés chez le porc contiendront des cellules de porc au niveau des vaisseaux et des nerfs de l’organe » ; « risque de zoonose (maladie infectieuse d’origine animale) par passage de virus endogènes porcins du porc à l’homme greffé » et « l’épidémie actuelle du SARS-Cov.2 nous montre ce que peut donner une telle zoonose » ; « entrée dans la pente glissante de l’instrumentalisation de l’animal pour satisfaire nos désirs, au mépris de l’animal et de l’homme » ; « humanisation de l’animal par passage de cellules-souches pluripotentes humaines dans les différents tissus et organes du porc », comme le cerveau ou les cellules reproductrices.

« Ces animaux acquerront-ils des niveaux humains de rationalité ? » interrogent-ils. Qu’en serait-il alors de « l’évaluation du statut moral de l’animal, par rapport à notre propre statut » ? Pour les signataires de la tribune, « la pente glissante prise aujourd’hui par l’assistance médicale à la procréation vers la création d’« enfants parfaits » ou d’ « enfants augmentés » devrait pourtant nous rendre prudent dans le franchissement délibéré et insensé des barrières éthiques, à commencer par la barrière inter espèces ». Et nous conduire à « interdire moralement, anthropologiquement et socialement la pratique du chimérisme animal-homme ».

[1] Dr Pascale Morinière (Présidente des Associations Familiales Catholiques), Pr Guillaume Drago (Président de l’Institut Famille et République), Pr Dominique Bourg (Ancien président du conseil scientifique de la Fondation Nicolas Hulot ), Françoise Caron (Présidente des Associations familiales Protestantes),Chantal Huet (Présidente de Familles de France), Patrice Obert (Président des Poissons Roses), Jérôme Vignon (Président d’honneur des Semaines Sociales de France), Patrick Tivollier (Président de Refondation), Franck Meyer (Président du Comité Protestant évangélique pour la Dignité Humaine), Patrice Dunoyer de Segonzac (Les Poissons Roses)

Sources : La Croix (05/02/2021) ; AFC (05/02/2021) – Photo : Pixabay/DR

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