Edition de base : une adolescente traitée avec succès

Publié le 12 Déc, 2022

Alyssa, une jeune Britannique de 13 ans, a reçu une thérapie génique mettant en œuvre l’édition de base (cf. ABE : un « éditeur de base » qui vient compléter l’outil CRISPR). Six mois après le traitement administré au Great Ormond Street Hospital, le cancer est « indétectable ». Les traitements précédents avaient tous échoué à soigner cette leucémie lymphoblastique aiguë T. L’adolescente reste toutefois sous surveillance.

Une thérapie en plusieurs étapes

Les médecins ont utilisé l’édition de base pour créer un nouveau type de lymphocytes T capables de « traquer et de tuer les cellules T cancéreuses » d’Alyssa.

La première modification de base a désactivé « le mécanisme de ciblage des cellules T afin qu’elles n’attaquent pas le corps d’Alyssa ». Une deuxième a supprimé un marqueur, appelé CD7, présent sur tous les lymphocytes T. La troisième modification visait à rendre invisibles les cellules, afin qu’elles ne soient pas détruites par chimiothérapie. Enfin, la dernière étape de la modification génétique visait à ordonner aux lymphocytes T de supprimer tout ce qui porte le marquage CD7, afin de détruire tous les lymphocytes T de son corps, y compris ceux qui sont cancéreux. C’est pourquoi ce marquage doit être supprimé de la thérapie, sinon elle se détruirait d’elle-même.

Des perspectives prometteuses ?

Si la thérapie fonctionne, le système immunitaire d’Alyssa sera reconstruit grâce à une deuxième greffe de moelle osseuse. Traitée au mois de mai dernier, Alyssa était en rémission au bout d’un mois.

« Elle est la première patiente à être traitée avec cette technologie », affirme le professeur Waseem Qasim, de l’UCL et du Great Ormond Street Hospital. Neuf autres personnes feront partie de l’essai clinique. Des essais d’édition de bases sont déjà en cours pour la drépanocytose, ainsi que pour l’hypercholestérolémie et la bêta-thalassémie.

L’un des inventeurs de l’outil d’édition de bases, le Dr David Liu du Broad Institute, estime que « les applications thérapeutiques de l’édition de bases ne font que commencer ». Car « la science franchit désormais “des étapes clés vers la prise de contrôle de nos génomes” ».

Complément du 15/06/2023 : Désormais ce sont trois jeunes patients atteints d’une leucémie qui ont été traités, dans le cadre de la collaboration entre l’University College London (UCL) et le Great Ormond Street Hospital for Children (GOSH). Les données de l’essai clinique du NHS ont été publiées dans The New England Journal of Medicine [1].

Près d’un an plus tard, Alyssa est toujours en bonne santé et vit chez elle. Un deuxième adolescent a été débarrassé de sa leucémie dans un délai similaire et se rétablit à la maison. En revanche, le troisième patient, bien qu’ayant répondu à la thérapie, a été victime de « graves infections ». Il bénéficie désormais d’une prise en charge palliative.

« Il est encore tôt, et nous avons besoin de plus de suivi et de traiter plus de patients pour analyser les traitements à long terme », reconnaît le professeur Waseem Qasim.

L’essai clinique pour ce traitement est encore ouvert et vise à recruter jusqu’à 10 patients du NHS qui ont « épuisé toutes les options de traitement conventionnelles ». Si cet essai s’avère « largement concluant », les équipes espèrent qu’il pourra être proposé à un plus grand nombre d’enfants, et plus tôt dans leur parcours de traitement, lorsqu’ils sont moins malades. Les chercheurs voudraient aussi le proposer à des adultes mais ont besoin pour ce faire de fonds supplémentaires.

Selon eux, la technique d’édition de bases pourrait être utilisée pour de « nombreuses autres pathologies », telles que la drépanocytose (cf. Drépanocytose : vers un essai clinique utilisant CRISPR en France ?).

 

[1] Base-edited CAR7 T Cells for relapsed T-cell acute lymphoblastic leukaemia, New England Journal of Medicine (2023)

Sources : BBC, James Gallagher (11/12/2022) ; Medical Xpress, University College London (14/06/2023) – Photo : iStock

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