Contraception, IVG, genre : un site de Santé Publique France pour informer ou militer ?

Publié le 2 Juin, 2023

La deuxième édition de la « semaine nationale de la santé sexuelle » se tiendra 5 au 9 juin, portée par le ministère de la Santé et de la Prévention. A cette occasion Santé publique France diffuse une « campagne nationale de sensibilisation » autour de 4 thèmes : « les grossesses non désirées, les infections sexuellement transmissibles, le consentement et les dysfonctions sexuelles »[1].

Des brochures, trois affiches destinées à rappeler les mesures récemment prises par le gouvernement [2] (cf. France : les préservatifs gratuits pour les jeunes dès le 1er janvier ; La pilule du lendemain : « cavalier budgétaire » du PLFSS 2023), et un « site de référence » : questionsexualite.fr

« Choisir sa contraception »

Ce « portail dédié à la sexualité de tous les Français » entend proposer des « contenus simples, détaillés et validés par des experts ». Des contenus déclinés en plusieurs rubriques : « s’informer sur les infections et les maladies », « choisir sa contraception », « comprendre la conception et la grossesse », « lutter contre les violences et les discriminations », et enfin « connaître son corps et sa sexualité ».

Après la présentation de différentes méthodes de contraception, la rubrique dédiée au sujet propose un onglet sur la « contraception d’urgence ». « Une méthode de “rattrapage” face à une situation à risque de grossesse ». « Deux types de contraception d’urgence existent », affirme le site : « la pilule d’urgence hormonale [3] ou le dispositif intra-utérin (DIU, aussi appelé “stérilet“) au cuivre ».

« L’hormone de synthèse présente dans la pilule d’urgence retarde l’ovulation », « l’utilisation de la pilule d’urgence n’est donc pas une méthode abortive », certifie-t-on. Une assertion répétée deux fois supplémentaires dans un encadré : « la contraception d’urgence n’est pas un avortement », « la contraception d’urgence bloque la fécondation, mais n’interrompt pas une grossesse ».

Le « mode d’action principal » de la « pilule du lendemain » est de bloquer et/ou de retarder l’ovulation par la suppression du pic de l’hormone lutéinisante (LH). Mais, elle interfère avec le processus d’ovulation uniquement si elle a été administrée avant l’augmentation initiale du taux de LH. Les études cliniques indiquent alors une proportion des grossesses évitées allant de 52 à 85%. Pourtant, lorsqu’elle est prise dans un jour du cycle ovarien dans lequel l’ovulation ne peut être inhibée, on constate que son efficacité à empêcher une grossesse est de 88%. Dès lors, « l’unique explication possible d’une telle efficacité chez ces femmes, dans ces périodes où le lévonorgestrel [4] ne peut exercer un effet contraceptif, est l’inhibition de la nidation de l’embryon », conclut Jacques Suaudeau, docteur en médecine et ancien directeur scientifique de l’Académie Pontificale pour la vie (cf. « Contraception d’urgence » : quelle information des femmes ?).

La « contraception d’urgence » par pose d’un stérilet ?

La pose d’un stérilet est présentée comme la deuxième option en matière de « contraception d’urgence ». Un dispositif pourtant destiné à demeurer dans l’utérus plusieurs années. Le site internet indique que « la pose d’un DIU au cuivre en urgence est considérée comme la méthode de contraception d’urgence la plus efficace ». Car, outre l’effet spermicide, « il agit aussi sur la muqueuse utérine en empêchant qu’un ovule fécondé se fixe dans l’utérus ». Un effet rappelé en encadré : le DIU « ne permet pas une bonne fixation de l’œuf dans l’utérus ».

Empêcher la fixation d’un « ovule fécondé », d’un « œuf ». Pourquoi ne pas simplement expliquer que le stérilet a un effet abortif sur l’embryon éventuellement présent au moment de sa pose ?

Le dernier onglet de la rubrique est consacré à l’avortement. Un encadré affirme que « l’IVG en France est un droit fondamental en France. L’IVG permet aujourd’hui de sauver des femmes qui, sans ce droit, auraient recours à un avortement illégal non sécurisé, mettant leur vie en danger. » Des alternatives à l’avortement, il ne sera pas question. La logique est claire, l’« échec » de la contraception mène à l’avortement, une « solution de rattrapage » si la « contraception de rattrapage » n’a pas fonctionné [5]. Promouvoir la contraception ne permet pas de réduire le nombre d’IVG (cf. La contraception réduit le nombre d’avortements ? Réponse d’experts).

Le passage obligé par l’identité de genre

« Sexualité reproductive », présentation de la PMA, la rubrique « comprendre la conception et la grossesse » s’emploie à dissocier sexualité et procréation. Pour « connaître son corps et sa sexualité », le site propose deux onglets consacrés à l’anatomie. Mais la biologie est rapidement congédiée. L’« hétéronormativité » est condamnée car il existe « autant de nuances et d’identités de genre que de personnes ». Suit un petit manuel pour communiquer avec une personne se déclarant transgenre ou « non binaire ». L’internaute pourra aussi découvrir des « conseils pour éduquer un enfant de manière non genrée ».

« Vous vous demandez si vous êtes une personne transgenre ? » Questionsexualite.fr vous prodigue aussi des conseils. En dirigeant vers des associations militantes, comme la CAF l’avait fait avant d’être tenue de nuancer son propos (cf. Transgenres : la CAF, un organisme militant ?).

 

[1] Ordre national des pharmaciens, Semaine nationale de la santé sexuelle : découvrez les nouveaux outils (29/05/2023)

[2] « Combien ça coûte les capotes ? 0€ pour les moins de 26 ans » « C’est combien la contraception d’urgence ? 0€ pour tout le monde » « Ça coûte combien un dépistage VIH ? 0€ pour tout le monde »

[3] Aussi appelée « pilule du lendemain »

[4] Progestatif de synthèse

[5] Termes issus de la brochure d’information « Questions d’ados (amour-sexualité) » du site onsexprime.fr p.32

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