Vaincre le paludisme à l’aide de CRISPR-Cas9 : Quel impact sur la biodiversité ?

Publié le 9 Fév, 2016

Des chercheurs de l’université de Californie annonçaient en décembre avoir réussi à modifier génétiquement les cellules sexuelles de moustiques Anopheles stephensis, qui transmettent le parasite responsable du paludisme. Grâce à CRISPR-Cas9, les chercheurs ont inséré dans le génome de ces cellules « un gène codant pour un anticorps dirigé contre le plasmodium, responsable de la maladie ». Transmis à la descendance, ce gène de résistance empêche les moustiques de véhiculer le parasite.

 

Parallèlement, une étude menée par l’Imperial College de Londres vise à rendre stériles les moustiques femelles porteuses du paludisme (Cf. Des moustiques génétiquement modifiés pour éradiquer le paludisme).

 

Eric Marois, chargé de recherche Inserm à Strasbourg revient sur ces «espoirs dans la lutte contre le paludisme » et présente les risques de ces deux techniques.

 

L’équipe britannique a couplé l’utilisation de CRISPR-Cas9 à la technique du gene-drive ou « forçage génétique » : ils ont inactivé les gènes indispensables à la fertilité et « forcé l’héritabilité de cette modification génétique à la descendance », dans le but d’éradiquer les moustiques porteurs du parasite. Cette technique implique donc « la disparition d’un maillon de la chaîne alimentaire », ce qui pose question: « est-ce que ce moustique sera remplacé par d’autres espèces sur le terrain ? Sa disparition impactera-t-elle les prédateurs naturels qui limitent aussi la prolifération d’autres insectes ? »

 

L’équipe américaine a pour sa part modifié l’immunité de ces moustiques grâce à CRISPR, « tout en leur permettant de continuer à vivre dans leur écosystème ». C’est une stratégie de remplacement, qui « implique que des moustiques transgéniques vont perdurer dans la nature ». Mais quelles seront les conséquences de ce transgène : « quel sera le degré réel de résistance du moustique génétiquement modifié au plasmodium sur le terrain ? Sera-t-il plus sensible à d’autres maladies infectieuses ? Comment le parasite va évoluer de son côté ? »

 

Pour ce scientifique, l’utilisation de CRISPR-Cas9, « outil fabuleux », laisse encore en suspens beaucoup de questions.

Science & Santé n°29

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