Une thérapie génique plus efficace que CRISPR ?

Publié le 11 Déc, 2016

Une équipe de chercheurs américains dirigée par Peter Glazer, du département de génétique de l’université de Yale (New Haven, Etats-Unis) a mis au point une thérapie génique « inédite » afin de soigner une maladie sanguine in vivo. Leurs résultats publiés dans la revue Nature Communication fait état de leurs essais chez des souris adultes atteintes de bêta-thalassémie (cf. Des chercheurs testent in vivo une nouvelle technique d’édition de gènes pour corriger un type d’anémie). Cette maladie génétique « affecte plusieurs millions de personnes dans le monde et se caractérise par une anémie profonde qui nécessite des transfusions sanguines fréquentes ». Les transfusions répétées peuvent à force empoisonner le malade par une surcharge toxique en fer. Pour y remédier, plusieurs équipes recherchent une thérapie génique efficace. En France, l’équipe du professeur Philippe Leboulch a mené des essais en 2010. En Chine, des chercheurs avaient tenté en 2015 d’utiliser l’outil CRISPR sur des embryons humains dans le même but (cf. Chine : des manipulations génétiques d’embryons humains avérées).

 

L’équipe de Peter Glazer a choisi une autre méthode d’édition génétique appliquée avec succès in vivo sur des souris adultes : l’injection d’acides nucléiques peptidiques (ANP). Bien moins médiatisée que CRISPR-Cas9, cette méthode s’est révélée d’ «une efficacité jamais vue ». « Les ANP ont été mis au point voilà une vingtaine d’années mais péchaient jusqu’à présent par plusieurs limitations, dont une efficacité très faible. Avec cet article, les chercheurs ont fait un bond en avant en combinant différentes approches », commente Carine Giovannangeli, chercheuse au CNRS.

 

Les ANP « se présentent sous la forme d’une courte séquence de bases d’ADN conçue pour reconnaitre et se fixer sur la séquence cible de l’ADN cellulaire à modifier ». Ces ANP sont « branchés sur des supports artificiels », formant des nanoparticules qui pénètrent dans les cellules « plus facilement que ne savent le faire les CRISPR ».

 

Les chercheurs américains démontrent par ailleurs qu’ « il n’est pas forcément nécessaire de corriger 100% des cellules malades d’un organisme pour soigner une maladie ». La mutation du gène défectueux dans seulement 7% des cellules visées « a suffi à contrecarrer durablement la maladie chez les rongeurs ». Cette approche prometteuse pourrait s’appliquer aux autres maladies sous le contrôle d’un seul gène, comme la drépanocytose.

Sciences et Avenir (10/12/2016)

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