Un appel au débat éthique par un promoteur des tests prénataux

Publié le : 26 mars 2014

 Dans le supplément Science&médecine du Monde, Laurent Alexandre, président de DNAVision – une société spécialisée dans le séquençage du génome humain et du diagnostic – publie une chronique: « La futurologie médicale est une urgence éthique« . Une « formule choc à laquelle on ne comprend pas tout et qui incite à lire » écrit Jean-Yves Nau1 sur son blog. 

En premier lieu, Jean-Yves Nau souligne que Laurent Alexandre revient sur « son cheval d’industrie« , à savoir la technique du séquençage. Laurent Alexandre met avant cette technique qui va bientôt permettre de connaître l’ensemble des prédispositions génétiques des bébés et rappelle qu’ « un diagnostic génomique complet est […] possible très tôt dans la grossesse à partir d’une simple prise de sang chez la mère« . Un test qui, ajoute-t-il, remplacera, c’est « inéluctable« , l’amniocentèse, invasive. Et pour appuyer les mérites du séquençage, Laurent Alexandre tient à rappeler l’avis 120 du Comité d’éthique, dans lequel recommandation a été faite, aux pouvoirs publics, d’accepter le séquençage prénatal par une prise de sang chez la mère. 

Il tient également à souligner les risques déjà mentionnés par le passé et auxquels peut mener un tel séquençage qui permettra de dépister, pendant la grossesse, des milliers de maladies. Laurent Alexandre précise: « il est hautement probable que [l’IVG] sera privilégiée dans un nombre élevé de prédispositions génétiques. L’encadrement de cette technique sera d’autant plus difficile que le séquençage prénatal, contrairement à l’amniocentèse, se pratique en début de grossesse, période où l’IVG est totalement libre« . 

« Nous dévalons le toboggan eugéniste sans débat philosophique » précise Laurent Alexandre: comment peut-on savoir si « telle maladie sera […] encore mortelle en 2030, 2040 ou 2060? », en référence aux bébés avortés aujourd’hui parce qu’ils présentent une mutation des gènes BRCA1-2, gène relatif aux cancers du sein ou des ovaires. « Aucune structure médicale ne maîtrise la prospective à aussi long terme et le corps médical n’y a jamais réfléchi« . Pourtant, ajoute Laurent Alexandre, « il est crucial de former les médecins à la prospective technologique sauf à accepter l’avortement de nombreux bébés« . 
Jean-Yves Nau précise donc, pour terminer, la question posée par Laurent Alexandre au président du CCNE, Jean-Claude Ameisen : « allons-nous bientôt, si rien n’est fait, ‘condamner, dans le silence des laboratoires et sans débat éthique, des milliers d’enfants chaque année en France?’  » 

(1) Journaliste et docteur en médecine

<p> Le Monde (Laurent Alexandre) 26/03/2014 - Journalisme et Santé Publique (Jean-Yves Nau) 25/03/2014</p>

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