Thérapie génique pour la bêta-thalassémie

Publié le : 16 septembre 2010

C’est la première fois que l’on vient à bout par thérapie génique d’une affection congénitale qui concerne des millions de personnes. Un jeune homme âgé de 21 ans et atteint d’une forme intermédiaire de bêta-thalassémie, a été traité avec succès par une thérapie génique utilisant un vecteur viral dérivé du VIH. En trois ans, il a été délivré de toute transfusion sanguine. Les résultats de cet essai clinique, mené sous la responsabilité du Pr Philippe Leboulch (Inserm-CEA et Harvard-Etats-Unis) sont publiés aujourd’hui dans la revue Nature.

La bêta-thalassémie est une maladie de l’hémoglobine qui atteint environ 100 000 enfants chaque année. Cette anomalie génétique est due à des défauts du gène commandant la production de la bêta-globine, composant essentiel de l’hémoglobine qui transporte l’oxygène dans les globules rouges. Cela entraîne une anémie qui se traduit par une grande pâleur, une importante fatigabilité et parfois des vertiges et des essoufflements. "Les patients doivent être transfusés toutes les trois semaines, ce qui est très contraignant", explique le Pr Eliane Gluckman (hôpital Saint-Louis, Paris), co-investigateur principal de l’essai publié dans Nature.
"La thérapie génique de la bêta-thalassémie est particulièrement difficile à mettre en œuvre étant donné que l’on cherche à obtenir une production importante d’hémoglobine", explique le Pr Marina Cavazzana-Calvo, de l’hôpital Necker-Enfants Malades, première signataire de la publication. En effet, un individu a besoin de synthétiser chaque jour environ 3 millions de globules rouges par kilo de poids, et il faut donc réussir à corriger un nombre suffisant de cellules souches pour obtenir suffisamment d’hémoglobine pour annuler les besoins de transfusions sanguines.

Le protocole mis en œuvre a consisté à prélever la moelle osseuse du patient ainsi que des cellules souches du sang périphérique. Les cellules souches hématopoïétiques responsables de la fabrication de toutes les cellules sanguines ont alors été isolées et mises en contact avec un vecteur viral proche du VIH dans lequel on avait compacté le gène de la bêta-globine. On avait retiré auparavant au vecteur tous ses gènes dangereux. Le VIH a été choisi car ce virus peut s’intégrer directement dans les cellules actives. "Ces cellules souches ont été cultivées avec le lentivirus modifié afin que le nouveau gène s’insère au cœur des cellules souches", a expliqué le Pr Cavazzana-Calvo. Puis le patient a subi une chimiothérapie afin de détruire sa propre moelle osseuse malade. 48h plus tard, les cellules souches modifiées lui ont été réinjectées par voie intraveineuse.

"Au bout de 11 mois, il n’avait plus besoin de transfusion. C’est une grande avancée mais qui devra être confirmée avec d’autres patients", conclut le Pr Cavazzana-Calvo.

Le Quotidien du médecin (Dr. Béatrice Vuaille) 16/09/10 - La Croix (Pierre Bienvault) 16/09/10 - Le Figaro (Martine Perez) 16/09/10

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