Robert Edwards : pour une recherche scientifique sans limite

Publié le : 7 octobre 2010

Jean-Yves Nau a déploré dans un article que la remise du prix Nobel de médecine au biologiste Robert Edwards soit arrivée si tard. Cette nomination tardive est pour lui "la dernière démonstration en date qu’innover c’est avant tout – en médecine peut-être plus qu’ailleurs – s’autoriser à transgresser".

La pratique de la fécondation in vitro (FIV) telle qu’elle fut mise au point par Edwards, consista en effet en une "entreprise qui, au nom de l’éthique et du principe de précaution réunis, ne serait certainement pas autorisée aujourd’hui ; du moins pas avant de nombreux travaux sur l’animal… ". Louise Brown est finalement née au bout de sept ans "d’expérimentation en direct sur l’homme". "Durant cette période, nous avons effectué entre 50 et 60 tentatives", expliquait Robert Edwards en 2007.

La mise au point de la technique de fécondation in vitro chez l’homme a par ailleurs ouvert la porte à une vague de questions éthiques nouvelles. Car après la FIV, est arrivée l’ICSI (injection mécanique du spermatozoïde dans l’ovule), puis la congélation dans l’azote liquide d’embryons humains conçus in vitro. Or, cette pratique pose la question du statut et du devenir de l’embryon car "de –très nombreux – embryons [sont] devenus "orphelins" car "abandonnés" par les couples ne souhaitant plus procréer. Fallait-il les détruire, les "offrir" à d’autres couples, en faire des objets de recherche scientifique ?" Se pose également, ainsi que le prévoyait Edwards, la question d’employer ces embryons pour la recherche, car les cellules souches embryonnaires ont des propriétés sur lesquelles reposent "de nombreux espoirs de nouvelles thérapeutiques". Pour Jean-Yves Nau, "la mise au point de la FIV a ainsi conduit à des problématiques éthiques qui dépassent la question de la légitimité de la "manipulation" des cellules sexuelles pour renouveler celles concernant le début de la vie humaine et le statut de l’embryon ; problématiques pratiquement insolubles après la dépénalisation de la pratique de l’interruption volontaire de grossesse".

La découverte de Robert Edwards a également permis la mise au point du diagnostic préimplantatoire (DPI) qui permet de sélectionner l’embryon à réimplanter sur des caractéristiques définies. "On a dit qu’il y avait un risque d’aller vers le choix du sexe, de la couleur des yeux…Ce sont des risques réels. Cela veut dire qu’il faut doubler la connaissance scientifique d’une réflexion éthique. C’est ça qui est passionnant. On n’a plus des impossibilités parce qu’on ne sait pas faire ; on va avoir des impossibilités parce qu’on va choisir de ne pas faire", a déclaré le Pr Frydman au sujet du DPI.

Pour sa part, Robert Edwards est favorable à une sélection des embryons afin de prévenir systématiquement les naissances d’enfants porteurs de graves anomalies : "Nous avons le droit d’éviter de telles naissances. Et je suis favorable à l’usage de ce qui pourrait conférer de meilleures aptitudes aux embryons fécondés et cultivés in vitro". Il refuse toute limite morale a priori à l’instrumentalisation de l’embryon humain : "Il ne devrait pas y avoir de limites aux recherches scientifiques rigoureuses et honnêtes sur l’embryon. Il faut ensuite confronter les résultats obtenus au sein de débats avec des éthiciens, des philosophes, des représentants de la société pour prendre des décisions quant à ce qui est, ou non, autorisé. Mais il ne faut pas se fixer de limites à l’avance. De ce point de vue, je ne partage absolument pas la conception française qui entend réfléchir a priori sur ce qui est ou non autorisé. Ce n’est absolument pas constructif".

Slate.fr (Jean-Yves Nau) 05/10/09

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