Réserve du vote de la proposition de loi sur l’euthanasie

Publié le : 20 novembre 2009

Le gouvernement a demandé la réserve du vote de la proposition de loi sur l’euthanasie qui était discutée hier, 19 novembre 2009, à l’Assemblée (cf. Synthèse de presse du 19/11/09). Celui-ci a donc été reporté au  mardi 24 novembre. Les députés socialistes, à l’initiative du texte, ont quitté l’hémicycle pour protester contre la décision du gouvernement et ont boycotté la suite de la discussion.

Manuel Valls, rapporteur du texte, avait plaidé pour un "droit à l’euthanasie", estimant que "la seule manière d’éviter les dérives est d’admettre enfin la réalité pour mieux l’encadrer". Pour lui, la "généralisation" du recours aux soins palliatifs "ne répondra jamais aux souffrances et aux demandes de tous les malades".

La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a posé la question de savoir si faire un pas supplémentaire après la loi Léonetti constituerait "un progrès ou la transgression d’une limite". Il conviendrait sans doute mieux de développer les soins palliatifs car "ce n’est pas la vie qui aliène, c’est d’abord la douleur dont il faut libérer le patient", a-t-elle estimé. Colette le Moal (Nouveau Centre) est allé dans le même sens, affirmant que "la fin de vie est encore la vie". Le député Jean-Frédéric Poisson s’est insurgé contre "l’élaboration d’une hiérarchie entre les vies qui mériteraient d’être vécues et celles qui ne le mériteraient pas" alors qu’il faudrait "réaffirmer la valeur inestimable de la vie, de la conception à la mort naturelle".

Pour le Dr Louis Puybasset, professeur de médecine à la Pitié-Salpêtrière, il n’est pas judicieux, ni même légitime d’instaurer un "droit à la mort". "Si chacun est pour un accompagnement paisible de la fin de la vie, je n’ai jamais rencontré de patients ou de familles qui revendiquaient un droit  à la mort", affirme-t-il. Les malades attendent de la médecine "qu’elle les assiste le mieux possible pour garder leur "autonomie" morale, physique et financière aussi longtemps que la maladie le permettra. La réponse qu’ils attendent, lorsque ce seuil est franchi, n’est pas une injection létale, brutale et forcément inhumaine, mais un accompagnement personnalisé, car la fin de vie convoque l’essentiel de l’expérience humaine, c’est-à-dire la transmission". Il note par ailleurs que les pays ayant légalisé l’euthanasie voient déferler "un cortège de conséquences déstabilisatrices pour les personnels soignants et d’effets pervers pour les familles". La Suisse revient d’ailleurs sur ses positions. Il alerte contre les possibles dérives mercantiles liées aux problématiques du don d’organes qui pourraient en découler.

Pour lui, le vote de mardi aura donc une portée " historique" : " elle oblige chacun d’entre nous à se demander ce qu’il veut réellement dans le "dossier fin de vie" : ouvrir un droit à la mort, ou accompagner les mourants en refusant de faire fi de l’interdit de tuer, dont l’histoire nous apprend que sa transgression conduit invariablement à la barbarie" .

 

20 minutes (Julien Ménielle) 19/11/09 - Le Figaro 20/11/09 - Le Figaro (Louis Puybasset) 20/11/09 - Liberation.fr 19/11/09

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