« Réaliser un humain parfait, ce serait le désocialiser »

Publié le 18 Jan, 2022

« Faudra-t-il dissuader certains transhumanistes qui voudraient supprimer la reproduction sexuée pour lui substituer cette fabrication de l’humain ? », interroge le philosophe Jean-Marie Besnier dans un entretien pour le journal Sciences et avenir. « Ce rêve d’une fabrication procède d’une attente consumériste de confort et de fantasmes personnels aberrants », estime-t-il. Car « comment un clone ou un individu génétiquement modifié ne serait-il pas définitivement assujetti au projet et à la décision des parents ? »

Déjà, avec les ciseaux moléculaires CRISPR-Cas9, « on peut imaginer greffer certains gènes à des embryons humains pour conférer aux bébés des compétences cognitives inédites », par exemple. Un outil potentiellement « magnifique » pour le philosophe, mais « dévoyé s’il sert à produire l’homme augmenté ». Et « même utilisée dans un but médical, cette technologie peut conduire à des dérapages » (cf. Editer le génome : des conséquences imprévisibles ?). « Manipuler le génome, c’est créer de l’irréversible », avertit Jean-Marie Besnier.

« Si la prise de pouvoir des technologies sur l’humain se confirme, validant les scénarios transhumanistes, nous irons vers une hyper-individualisation », prévient le philosophe. « Réaliser un humain parfait, ce serait le désocialiser. Car nous vivons en société pour autant que nous sommes des êtres imparfaits, en attente les uns par rapport aux autres. »

Alors Jean-Marie Besnier appelle à « rest[er] aux commandes et déterminés à contrecarrer le fameux adage du physicien Dennis Gabor selon lequel tout ce qui est techniquement réalisable sera réalisé, quoi qu’il en coûte moralement. »

 

Source : Sciences et avenir, Propos recueillis par François Folliet (16/01/2022)

Partager cet article

Synthèses de presse

Gene-drive : l’Uruguay veut rendre stériles des mouches
/ Génome

Gene-drive : l’Uruguay veut rendre stériles des mouches

En Uruguay, des chercheurs ont mis au point une technique de « gene-drive » pour éradiquer des vers dévastateurs ...
Projet « All of Us » : plus de 275 millions de nouvelles variations génétiques identifiées
/ Génome

Projet « All of Us » : plus de 275 millions de nouvelles variations génétiques identifiées

Une analyse des données génomiques de près de 250 000 personnes a permis d'identifier « plus de 275 millions de ...
Risque de suicide : au-delà de la dysphorie de genre, prendre en compte les antécédents psychiatriques
/ Genre

Risque de suicide : au-delà de la dysphorie de genre, prendre en compte les antécédents psychiatriques

Selon une étude, la dysphorie de genre ne semble pas être un facteur prédictif de la mortalité par suicide lorsque ...

Textes officiels

Fiches Pratiques

Bibliographie

Lettres