PMA : « Nous sommes en voie de rompre notre ancrage avec la nature »

Publié le : 11 décembre 2019

Pour le professeur de philosophie, Dominique Folscheid[1], la révision de la loi de bioéthique ne « se contentera pas » de la « PMA pour toutes » parce que le projet de loi s’inscrit dans « un mouvement de transfert de la procréation naturelle, avec tout ce qu’elle requiert et implique, vers un registre strictement technicien ». Pour le philosophe, si on est encore dans la reproduction, même « améliorée » de l’homme, « on est au seuil de la production tout court », ce qui signifie que « nous sommes en voie de rompre notre ancrage avec la nature ». A l’heure des prises de positions en faveur l’écologie, la nature est « répudiée » parce que posée « à l’extérieur de nous-mêmes pour en faire le champ d’intervention de la technoscience, présumée toute puissante ».

 

Dominique Folscheid constate que « le processus de mécanisation par désincarnation est déjà bien avancé » avec la production en laboratoire de l’embryon qui conduira à la naissance de l’enfant, « fruit d’un projet parental ». Ce projet s’apparente à celui d’une « production technique, comme c’est le cas d’un projet de construction de maison » et au-delà du désir légitime d’enfant, le philosophe pointe « la part d’ombre et de menaces que recèle la funeste notion de ‘projet parental’ » où l’enfant désiré « se transforme en commande adressée à la technique ». Il explique : « En posant l’enfant comme un objectif, réalisable par des moyens techniques, on fait du désir d’enfant un désir d’objet, de nature typiquement consumériste » qui implique « la toute-puissance des auteurs du projet » embarqués dans une « procédure de PMA qui ouvre une quantité de choix possibles ».

 

Ces choix possibles par le biais d’un « screening génétique » des embryons, encore seulement « autorisé en cours de grossesse » aujourd’hui, pourrait intervenir bien en amont, avant transfert des dits embryons fabriqués dans l’utérus. Que deviendront ceux qui n’auront pas été sélectionnés : congelés ? donnés à la recherche ? « déchets hospitaliers » ?



[1] Professeur émérite de philosophie morale et politique à l »Université Paris-Est Marne-la-Vallée, co-directeur du département de recherche Éthique biomédicale au collège des Bernardins, auteur de « Made in labo » (Éditions du Cerf, 2019).

 

<p>Aleteia, Dominique Folscheid (10/12/2019)</p>

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