Pilule et cancer de la prostate

Publié le : 16 novembre 2011

David Margel et Neil E. Fischer, chercheurs canadiens, ont mis en évidence, par une étude écologique mené sur la population mondiale, un lien entre l’augmentation des cancers de la prostate et la prise de contraceptifs oraux. Selon leur hypothèse, les estroprogestatifs contenus dans la pilule se répandraient dans les eaux et agiraient sur l’homme comme des perturbateurs endocriniens, causant un accroissement significatif de l’incidence et de la mortalité du cancer de la prostate. Les contraceptifs étant en pleine expansion mondiale depuis les années 1980, une exposition chronique sur vingt ou trente années même en très petites quantités, pourraient avoir des effets significatifs.

Parallèlement en France, l’Académie de médecine a récemment publié "un rapport sur les perturbateurs endocriniens de l’environnement et leurs risques potentiels en cancérologie". Elle y reconnaît la nécessité de "mesures de précaution" face aux incertitudes liées aux effets de ces perturbateurs sur la santé humaine. Elle suppose une corrélation entre l’augmentation des cancers hormono-dépendants (sein, prostate, etc) depuis trente ans et l’exposition aux perturbateurs endocriniens : "Il peut se passer plusieurs décennies entre l’exposition à un agent cancérigène et le développement de la maladie", rappelle le Pr Henri Rochefort, membre de l’Académie des sciences.

Les deux urologues canadiens ont établi cette corrélation via les données de l’Agence internationale de recherches sur le cancer datant de 2008 et celles de l’utilisation mondiale des contraceptifs fournies par les Nations Unies en 2007. La crédibilité de leur analyse repose sur une étude de grande ampleur : 87 pays pris au hasard parmi 50% des Etats des cinq continents. Elle prend aussi en compte des facteurs confondants très variés, tel que l’état de santé de la population, le PIB, etc.

Si leur étude portait sur l’ensemble des contraceptifs oraux, dispositifs intra-utérins ou barrières mécaniques tels que les préservatifs, seuls les contraceptifs contenant des estroprogestatifs  sont mis en cause.
Selon les chercheurs, il est nécessaire pour comprendre ce phénomène d’étudier la manière dont ces hormones, en tant que perturbateurs endocriniens, pourraient endommager le tissu prostatique. Il est supposé qu’elles agissent sur le tissu de la glande en créant des modifications génétiques ou épigénétiques.

Le Quotidien du Médecin (Dr Guy Benzadon) 16/11/11 - Le Quotidien du Médecin (Dr Hélène Collignon) 15/11/11 - Le Figaro (Marc Mennessier) 10/11/11

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