Olivier Rey : “la bioéthique est là pour approuver ce que l’éthique réprouve”

Publié le 2 Oct, 2019

« Les Lois de bioéthiques seraient-elles devenues la chambre d’enregistrement du progrès technique ? » Alors que les députés discutent de la loi de bioéthique qui doit ouvrir la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes, Olivier Rey, philosophe et mathématicien, rappelle que l’avis donné par le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) était « acquis d’avance ». En effet, « la plupart des membres du CCNE, dont les avis sont censés éclairer les gouvernants, sont nommés par les gouvernants eux-mêmes », aussi « le comité a été composé pour aboutir à ce genre de conclusion ». Elle se justifie dans la publication d’« un rapport clivé : d’un côté, les arguments qui auraient dû conduire à un avis négatif, de l’autre, envers et contre tout, un avis positif » en contradiction avec le rapport de 2005 qui dénonçait, dans l’optique d’une ouverture de la PMA à l’homoparentalité ou aux personnes seules, une médecine « simplement convoquée pour satisfaire un droit individuel à l’enfant ».

 

Pour Olivier Rey, l’argument de l’égalité sensé justifier cette ouverture « n’est qu’un prétexte captieux au service des progrès de l’individualisme, qui va jusqu’à nier qu’il faille un homme et une femme pour faire un enfant ». Il dénonce la bioéthique qui « n’a pas été inventée pour soumettre les biotechnologies à des principes éthiques mais pour faire en sorte que l’éthique ne vienne pas entraver le développement des biotechnologies. En clair : la bioéthique est là pour approuver ce que l’éthique tout court réprouve ». Les limites posées par le CCNE « ne sont que provisoires : le comité ne s’oppose à quelque chose aujourd’hui que pour y consentir demain » et l’état de l’opinion qui est brandi pour avaliser les changements « est une opinion habilement travaillée, notamment par cet outil que sont les comités d’éthique qui doivent préparer le terrain, donner l’impression que tout est mûrement réfléchi et ‘strictement encadré’ ».

 

A ceux qui justifient la modification des lois parce que «  ça se fait dans d’autres pays », le philosophe oppose Les Mots de Jean-Paul Sartre : « Dans nos sociétés en mouvement, les retards donnent parfois de l’avance ».

 

Après la PMA pour toutes, Olivier Rey estime que la GPA « sera pour la prochaine fois » parce que « comme Édouard Philippe le déclarait lui-même il y a quelques années, le seul moyen d’établir l’égalité sera de permettre la GPA ». Il ajoute : « Au demeurant, la campagne politico-médiatique en ce sens a déjà commencé ».

 

A l’heure de l’écologie, « qu’il appartienne aux hommes de se donner les lois qui régissent leurs cités n’implique pas qu’ils puissent se donner n’importe quelles lois, au mépris des données naturelles et des enseignements durement acquis de la tradition », explique le philosophe, avant de mettre en garde : « Ne pas être soumis à l’ordre des choses ne signifie pas en être indépendant, et la violence à l’égard de la nature en l’homme donnera des résultats aussi désastreux que la violence à l’égard de la nature extérieure ». Pour lui, « sur le fond, nous ne devrions pas avoir à ‘protéger’ la nature, nous devrions vivre en bonne intelligence avec elle ».

 

Alors que ces évolutions s’imposent à tous par le biais de la loi au nom de « l’idéologie », il apparait « que les progressistes d’aujourd’hui sont moins des parangons de courage que des gens si désemparés de voir leurs convictions se fracasser contre le réel qu’ils préfèrent se réfugier dans le déni, et criminaliser ceux qui ne partagent pas leur aveuglement ». Le philosophe déplore des « dégâts irréparables, des destructions irrémédiables ».

 

Le Figaro, Eugénie Bastié (02/10/2019) – Olivier Rey : “La bioéthique ne s’oppose aujourd’hui que pour consentir demain”

Photo : Pixabay/DR

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