OGM : 1000 hectares cultivés en France

Publié le : 6 septembre 2005

De 17 hectares cultivés l’année dernière, la France est passée à plus de 1.000 hectares de maïs génétiquement modifié, dans le plus grand secret, et en l’absence de toute règle et de tout contrôle. Le ministère de l’Agriculture lui-même ne connaît pas l’étendue de ces cultures, dont la surface officielle est évaluée à 600 hectares.

 

La plupart de ces cultures sont effectuées dans le Sud-Ouest de la France. Ce maïs acheté, sous forme de semence,  en Espagne, a été modifié pour résister à un herbicide et lutter contre la pyrale, une chenille du maïs. Les cultures OGM sont ensuite revendues légalement en Espagne, pour la nourriture des animaux. (La loi européenne autorisant la culture dans un pays de l’Union, d’une variété légalisée dans un autre).

« Cette mise en place rampante est inquiétante » déclare Pierre-Benoît Joly, sociologue, et directeur de recherche à l’Inra « le maïs OGM sera-t-il séparé des autres récoltes et les produits étiquetés ? Les voisins sont-ils informés et des dispositions sont-elles prises afin d’éviter les contaminations fortuites d’une parcelle à l’autre ? Qu’en est-il du plan de surveillance des cultures transgéniques ? On peut parier, hélas, que rien de tout cela n’est réalisé. Dans ce cas, que reste-t-il des grands principes européens et des engagements officiels visant à garantir le libre choix des consommateurs et la coexistence des filières ? »

 

Car la France n’a toujours pas retranscrit la directive européenne de 2001 réglementant les cultures d’OGM. Les agriculteurs ne sont donc pas tenu de déclarer leurs cultures OGM. Pourtant selon les experts de l’Afssa (l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments) «A ce jour, aucun problème de santé, qu’il s’agisse de toxicité ou d’allergénicité, n’a pu être spécifiquement attribué à un OGM sur le marché». Et depuis dix ans les Américains, les Canadiens, les Argentins, et les Espagnols, consomment des OGM sans que des effets négatifs soient constatés sur les organismes humains ou animaux.  « L’agriculture française n’a rien à gagner à pratiquer plus longtemps la politique de l’autruche. » constate Pierre-Benoît Joly.  Nicolas Barré, dans son éditorial, va dans le même sens en réclamant « une mise en place des règles permettant d’éviter la contamination comme en Espagne. »

 

En Espagne, le 19 juillet 2005, a été publié le décret royal réglementant la coexistence des cultures OGM, conventionnelles et biologiques. De nombreuses règles ont été édictées pour empêcher la contamination des unes par les autres. Par exemple, outre la déclaration aux autorités du type de culture cultivée, la période de semis devra être décalée par rapport aux autres cultures, une zone tampon de quatre rangs de maïs conventionnels devra faire le tour de la culture, et les agriculteurs devront suivre des programmes de formation aux cultures OGM.

La loi de transposition de la directive européenne de 2001 devrait être discutée en fin d’année 2005. Elle devrait s’inspirer du décret espagnol.

<p>Le Figaro (Yves Miserey) 06/09/05</p>

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