L’empreinte génomique parentale et la « symphonie de la vie »

Publié le : 7 décembre 2020

Par : Camille Yaouanc

Une étude australienne publiée ces derniers jours montre le rôle d’une protéine, baptisée SMCHD1, dans le processus d’empreinte génomique parentale. L’occasion de se pencher sur cette « marque » apposée dès la formation des gamètes.

Dans l’embryon, fruit de la fécondation, se réalise la fusion des noyaux issus du spermatozoïde et de l’ovule. Les génomes en présence sont symétriques et complémentaires : ils portent les mêmes gènes mais ils ne fonctionnent pas de la même façon et sont tous les deux indispensables au développement de l’embryon. Ils sont marqués d’un sceau différent, maternel et paternel : l’ « empreinte génomique ». Selon que certains gènes sont hérités du père ou de la mère, leur expression sera différente, régulée par l’empreinte génomique parentale.

Ainsi les parents laissent leur marque sur leurs enfants de bien des manières. En l’occurrence des marques « épigénétiques[1] », qui peuvent avoir un impact à long terme chez l’enfant. Dans une étude récente[2], des chercheurs australiens détaillent le rôle d’une protéine, SMCHD1, impliquée dans le processus d’empreinte génomique maternelle : présente dans l’ovocyte, elle persiste dans l’embryon et y désactive au moins dix gènes, y laissant un « héritage durable ». Elle « protège » l’empreinte génomique expliquent les chercheurs.

La première étape du « marquage » des gènes parentaux a lieu au moment de la formation des gamètes. La seconde, la lecture de ce marquage, se réalise après la fécondation. L’empreinte est réversible, s’effaçant à chaque nouvelle génération. De fait, dès la fécondation se tisse un lien génétique « dynamique » entre les parents et l’enfant. Et la découverte de cette petite protéine montre s’il en était besoin tout ce que nous avons encore à apprendre sur le début de la vie. « Sitôt que toute l’information nécessaire et suffisante se trouve mise en œuvre dans la cellule primordiale, la symphonie de la vie déroule ses divers mouvements depuis l’aube embryonnaire jusqu’au crépuscule de l’existence », expliquait Jérôme Lejeune.

Si une petite protéine joue un si grand rôle, comment le transfert d’un embryon de l’éprouvette au sein maternel, la congélation de cet embryon ou des manipulations de son génome n’aurait pas lieu de nous inquiéter [3] ? Comment peut-on affirmer toucher à cet embryon sans effet collatéral ? PMA, dons de gamètes, GPA, greffe d’utérus, FIV à trois parents, bébés génétiquement modifiés, sans parler de travaux en cours sur l’utérus artificiel, autant de situations où nous jouons aux apprentis sorciers.

[1] Tout changement d’expression des gènes qui n’implique pas de changement dans la séquence ADN ; changement stable mais réversible.

[2] Iromi Wanigasuriya, Quentin Gouil, Sarah A Kinkel, Andrés Tapia del Fierro, Tamara Beck, Ellise A Roper, Kelsey Breslin, Jessica Stringer, Karla Hutt, Heather J Lee, Andrew Keniry, Matthew E Ritchie, Marnie E Blewitt. Smchd1 is a maternal effect gene required for genomic imprintingeLife, 2020; 9 DOI: 10.7554/eLife.55529

[3] Des études datant des années 2000 mettaient déjà en évidence des anomalies de l’empreinte génomique parentale suite à des manipulations lors de processus de procréation médicalement assistée.

 

Cet article a été initialement publié sur Aleteia sous le titre : Comment l’empreinte génomique parentale marque la « symphonie de la vie »

Camille Yaouanc

Camille Yaouanc

Expert

Camille Yaouanc est docteur en pharmacie. Sa thèse est consacrée à la clause de conscience des pharmaciens. Elle a suivi la formation du master d'éthique biomédicale de l'IPLH. Elle est rédacteur et contributeur de Gènéthique depuis 2015.