Le DPI pour réduire les dépenses de santé ?

Publié le 11 Juil, 2023

Des chercheurs de l’université de Stanford ont évalué la rentabilité du recours à la fécondation in vitro accompagné d’un diagnostic préimplantatoire (DPI). Selon eux, une telle combinaison « permettrait de réduire considérablement les dépenses de santé » [1].

Le DPI est désormais utilisé pour dépister les « anomalies monogéniques » qui peuvent conduire à la mucoviscidose, la drépanocytose, la maladie de Tay-Sachs, ou encore « près de 400 autres maladies ».

Une évaluation « coût bénéfice »

Les chercheurs ont entrepris d’en démontrer le bénéfice économique, car le DPI pratiqué dans le cadre d’une fécondation in vitro « offrirait aux organismes d’assurance une opération économique par rapport aux coûts des soins à vie » qui doivent être prodigués aux patients atteints de ce type de maladie. Leurs résultats ont été publiés dans la revue Health Affairs le mois dernier[2]

A titre d’exemple, ils ont évalué les économies réalisées pour la maladie monogénique la plus courante : la drépanocytose.

Le cas de la drépanocytose

Cette pathologie touche près de 100 000 Américains par an. Les soins qu’elle entraîne (transfusions, médicaments, hospitalisations) génèrent un « surcoût annuel » de 6 636 à 63 436 dollars par rapport à une personne non atteinte de drépanocytose, ont estimé les chercheurs. Le coût moyen s’élève à 602 000 dollars au cours de la vie, et pourrait monter jusqu’à 1,7 million de dollars. Du côté des traitements, les prix s’envolent également : entre 150 000 et 250 000 dollars par patient pour une greffe de cellules souches hématopoïétiques[3], plus d’un million de dollars pour les thérapies géniques en cours de développement (cf. Edition du génome : un troisième sommet international).

Face à ces montants, les chercheurs mettent en balance celui du diagnostic préimplantatoire : de 15 000 à 25 000 dollars. « Nous avons essayé de montrer qu’il y a un argument économique à investir tôt, en évitant l’incidence de la drépanocytose », argumente Aadit Shah, étudiant en médecine à Stanford et coauteur de l’étude.

L’abandon du soin

Pour éradiquer la maladie, on choisit de supprimer le malade. In vitro, le procédé semble moins douloureux et se pare d’un beau discours. « Nous avons la capacité de prévenir ces maladies grâce aux progrès des tests de diagnostic génétique prénatal combinés à la FIV », espère faire croire le docteur Kevin Schulman, directeur du Centre de recherche sur l’excellence clinique à Stanford Medicine.

Aux Etats-Unis Medicaid prend en charge la moitié des patients atteints de drépanocytose, indiquent les chercheurs, « de sorte que le public supporte une grande partie du fardeau financier d’un traitement coûteux à vie pour plus de 55 000 nouveaux patients par an ». L’argument économique déployé pour le début de la vie pourrait bien l’être à la fin également. « On sait que les 6 derniers mois de la vie, c’est ce qui coûte le plus cher », avait rappelé le Dr Claire Fourcade, présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs aux conventionnels (cf. Convention citoyenne : début (et fin ?) de la délibération). De la solidarité ou la rentabilité, laquelle pèsera le plus lourd dans la balance ?

 

[1] Stanford medicine, Laurie Flynn, Screening during IVF for inherited diseases greatly reduces costs of care (03/07/2023)

[2] Health Affairs, Wasan M. Kumar et al., Benefit Determination For Single Gene Defect Diseases: A Paradigm Shift (13/06/2023) 10.1377/forefront.20230608.910810

[3] Moelle osseuse

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