Rapport de l’Agence de la biomédecine sur le DPI : des chiffres qui parlent d’eux-mêmes

Publié le 3 Oct, 2022

Mi-septembre, l’Agence de la biomédecine publiait son rapport annuel et dévoilait les chiffres correspondant au diagnostic pré-implantatoire (DPI). Une pratique de sélection des embryons dans le processus de PMA.

Les chiffres sont éloquents…

En 2020 en France, cinq centres pratiquent le diagnostic préimplantatoire. Il concerne, comme le précise l’article L.2131-4 Code de la Santé Publique, « les couples qui, du fait de leur situation familiale, ont une forte probabilité de donner naissance à un enfant atteint d’une maladie génétique d’une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic ». Celle-ci doit être « gravement invalidante (…) à révélation tardive et mettant prématurément en jeu le pronostic vital ».

Pour éviter de transmettre cette maladie génétique à leur descendance, ces couples ont recours à la procréation médicalement assistée. Lors du processus, les embryons conçus in vitro font l’objet d’une biopsie à un stade très précoce, soit entre 3 et 8 jours de vie. Elle va déterminer s’ils sont ou non porteurs de la maladie génétique dont souffre leur parent. Les embryons indemnes pourront être implantés. La pratique est couteuse, principalement en embryons.

Le DPI, une pratique eugénique de sélection des embryons en fonction de leur génome

L’année 2020, est une « année COVID » et l’activité a été ralentie dans chacun des centres. L’Agence recense 1016 demandes examinées en 2020 par l’ensemble des centres. Les deux tiers d’entre elles ont été validées. Le tiers restant est très majoritairement composé des couples qui ont sollicité un DPI mais qui ont abandonné la démarche, 40,3%. La seconde cause, 34,5%, est liée aux difficultés ou à l’impossibilité de mettre en œuvre une PMA. Ce qui signifie qu’en réalité, un nombre très faible des demandes de DPI sont refusées.

A ce jour, les principales maladies génétiques qui font l’objet d’un DPI sont la mucoviscidose, la maladie de Huntington, le Syndrome de l’X fragile, la dystrophie myotonique de type 1 et la neurofibromatose. La part des 10 indications les plus fréquentes représente 41,6% des diagnostics. Une proportion en baisse du fait de plus grandes « capacités de mise au point diagnostique pour un nombre croissant d’affections ». En clair, on dépiste désormais un spectre plus large de maladies génétiques. Préservée de haute lutte lors des débats sur la loi de bioéthique, la trisomie 21 ne fait pas partie des affections susceptibles de faire l’objet d’un DPI. Pour combien de temps encore (cf. DPI-A : le comité d’éthique de l’Inserm contourne le législateur) ?

Quasi-indolore pour les parents, l’embryon n’existant qu’en éprouvette, et bien que les professionnels cherchent à s’en défendre, le DPI est une pratique hautement eugénique qui consiste à sélectionner les embryons en les discriminant en fonction des caractéristiques de leur génome. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Et bien qu’il soit très difficile de comparer le nombre d’embryons conçus pour être diagnostiqués au nombre des naissances vivantes d’une année, les rapprocher donne cependant un ordre de grandeur des enjeux en présence[1].

5902 embryons conçus en 2020 pour combien de naissances vivantes ?

A la page embryon, le dictionnaire Larousse donne la définition suivante : « Être humain pendant les 8 premières semaines de son développement ». De fait, dès la fécondation, chaque embryon est déjà un membre de l’espèce humaine, une personne avec un patrimoine génétique déterminé et unique, porteur de toutes les informations nécessaires à son développement jusqu’à la naissance.

En 2020, 242 enfants sont nés d’embryons conçus in vitro et diagnostiqués exempts de la maladie des parents. Ils étaient 311 en 2019.

En 2020, 5902 embryons ont été obtenus à partir d’ovocytes prélevés et fécondés in vitro (8734 en 2019).

Pour se faire une idée, un rapide rapprochement des chiffres de 2020 montre que seuls 4,1% des embryons conçus donneraient lieu à des naissances (3,6% en 2019). Que deviennent les 95,9% restants ?

En 2020, sur l’ensemble des embryons conçus, seuls 56,5% font l’objet d’une biopsie. L’Agence n’explique pas ce que deviennent les 43,5% qui ne sont pas « utilisés ». Sont-ils donnés à la recherche ? Congelés ? Détruits ?

52% du total des embryons sont diagnostiqués, soit plus de 3000, et 24% sont déclarés indemnes de la maladie, soit 1408 embryons. Que deviennent les 28% qui sont déclarés porteurs de la maladie et qui ne seront pas implantés ?

Finalement 7% du total des embryons conçus, soit 413 embryons ont été implantés en 2020 pour un nombre de naissances vivantes à venir encore plus faible compte tenu du faible taux de réussite de la PMA. Là encore, que deviennent les embryons indemnes de la maladie qui ne sont pas implantés ?

 

[1] Pour connaitre le pourcentage exact, il faudrait disposer du nombre d’embryons conçus pour chaque couple, de la demande à la naissance vivante, en tenant compte du nombre de cycles de FIV engagés. Ce chiffre n’est pas mis à disposition par le rapport de l’ABM. Il ne peut être reconstitué à partir des données à disposition.

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