Le check-up génétique, entre promesses et fantasmes

Publié le : 3 avril 2013

 Aujourd’hui, le « check-up génétique » permet de connaître entièrement son propre génome, et « le Pr Kahn craint que le glissement de fait vers une médecine personnalisée, fondée sur les caractéristiques biologiques individuelles des malades, ne conduise à ‘l’illusion complètement folle selon laquelle on pourra tout connaître de l’avenir’ « . 

 

Mais les inquiétudes concernent avant tout « l’utilisation commerciale des tests de prédiction génétique« . En effet, « par une technique dite de séquençage à haut débit, il est désormais possible de réaliser en moins d’une journée l’analyse de l’ensemble du génome d’un individu. Le tout pour moins de 1000 $« . Pour Laurent Alexandre, président de DNAVision, une société de service en analyse génétique, « on va tomber à 100$. […] Personne n’avait envisagé cette évolution« . S’il y a un intérêt pour les chercheurs, pas si sûr que cet intérêt existe également pour les citoyens: « savoir que l’on risque de devenir chauve à 30 ans est une chose, vivre avec l’épée de Damoclès d’une maladie grave au dessus de la tête en est une autre« . De plus, « la confusion entre probabilité et prédiction est […] fréquente« .  Le Pr Syrota explique que « chacun possède un patrimoine génétique particulier mais les gènes sont simplement susceptibles d’augmenter ou de diminuer les facteurs de risque pour les maladies, y compris les maladies rares« . 

 

Mais pour de nombreux industriels, « la conquête du patrimoine génétique des individus est déjà une réalité« . Le Dr Catherine Bourgain, chargé de recherche en génétique humaine et statistique à l’Inserm, interroge d’ailleurs: « pourquoi croyez-vous que deux sociétés emblématiques qui s’étaient lancées il y a cinq ans sur le marché de la mesure du risque génétique  individuel ont été rachetées à prix d’or sinon pour mettre la main sur les bases de données constituées?« . 

 

« Quoi qu’il en soit, [précise le journaliste], le check-up génétique pourrait bien se banaliser en France sans que le débat public n’ait lieu » et deux possibilités existent: « Ou bien il est considéré comme la prolongation logique du conseil génétique, déjà largement pratiqué lorsqu’il existe un risque familial de maladie grave. Ou bien il reste une affaire de spécialistes ou de parlementaires vigilants« . Cependant, ajoute-t-il, « que se passera-t-il lorsque l’on pourra faire le check-up génétique d’un foetus par une simple prise de sang de sa mère dès le premier trimestre de la grossesse?« , et « alors même que l’avortement est encore possible » mentionne le Dr Laurent Alexandre. A ce sujet, le journaliste mentionne, comme une alerte, que « le débat n’a toujours pas eu lieu en France concernant le nouveau test, de même type, destiné uniquement à dépister la trisomie 21 autorisé en Suisse [au cours de l’été 2012] » (Cf Synthèse de presse Gènéthique du 30 juillet 2012), ainsi qu’en Allemagne (Cf Synthèse de presse Gènéthique du 03 août 2012). 

 

En outre, il précise que « lors de l’audition publique de l’Opecst [Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques], le Dr Laurent Alexandre s’est […] élevé ‘contre l’accès direct du public au séquençage de son génome sans intermédiaire médical‘ « , et mentionne que ce dernier « a […] dû faire face à une mauvaise nouvelle lorsqu’il a fait l’analyse de son génome entier« . Le président de DNA Vision mentionne à ce sujet: « j’ai trois mauvais variants. […] Si je devais avoir des enfants aujourd’hui, je ferais séquencer ma femme« . Et le journaliste de mentionner: « le jour où les scientifiques déconseilleront une union sur la base de comparaison génétique n’est peut-être pas si loin« . 
 

<p> Le Figaro (Damien Mascret) 03/04/13</p>

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