La meilleure façon de lutter contre le Sida

Publié le 6 Avr, 2009

Les propos du pape sur l’épidémie du Sida en Afrique ont largement été repris et controversés par les médias. Or, le 19 mars, le scientifique Edward C. Green affirmait dans un article du National Review Online (mars 2009) : "les meilleurs données dont nous disposons confirment les propos du pape". Cette déclaration a été confirmée dans le Washington Post du 29 mars dernier.

Anthropologue médical, spécialiste des épidémies en Afrique et directeur de recherche sur la prévention du Sida à l’université de Harvard (USA), ce scientifique a publié plusieurs études sur le développement de l’épidémie du VIH.

Cette dernière publication "A framework sexual partnerships : risks and implications for Hiv prevention in Africa", de mars 2009, s’appuie sur une cinquantaine d’autres études, dont certaines sont très récentes.

Dans cette étude, les chercheurs tentent de comprendre les mécanismes de propagation de l’épidémie dans des régions très vastes, comme celles du sud et de l’est de l’Afrique, où des franges très importantes de la population sont touchées. Leurs conclusions sont que la cause principale de la transmission de la pandémie est la persistance de relations régulières concomitantes, ou/et  de relations alternées dans le temps. Ces comportements auraient plus d’impact sur la transmission du virus que l’existence des groupes à risques (homosexualité, milieux de la drogue ou de la prostitution). Dans le cas de ces derniers, l’épidémie reste concentrée dans ces groupes à risques. Le facteur majeur dans la transmission massive de ce virus est celui des "relations régulières multiples".

Edward C. Green rappelle que la virulence et la nature infectieuse du virus sont plus importantes les semaines qui suivent la contamination. Des relations régulières concomitantes augmentent donc la probabilité que le virus se répande avant qu’il n’ait perdu de son caractère infectieux.

Dans le cas de relations sexuelles occasionnelles ou dans des groupes très exposés, le préservatif peut contrebalancer les risques que font courir ces relations. "Quand ils sont utilisés de façon systématique par des couples séro-discordant connus, les préservatifs réduisent la transmission du HIV de 80 à 90%, en comparaison de couples qui ne les utilisent pas", explique Green.

En revanche, les auteurs de l’étude mettent en cause l’efficacité des campagnes en faveur du préservatif à l’échelle de toute une population. "Cette inefficacité est due à l’usage non systématique et/ou incorrect du préservatif et probablement aussi à des comportements désinhibés", explique Green. Par comportements désinhibés, il faut entendre "la persistance ou la prise accrue de risques élevés à cause d’un sens croissant de sécurité dû au préservatif".

Certains estiment que "si" tout le monde utilisait systématiquement et correctement le préservatif, l’épidémie ralentirait. C’est vrai d’un point de vue probabiliste, mais dans la réalité, cela ne fonctionne pas.

Plusieurs experts estiment que la seule chose efficace "ce sont les stratégies valorisant la fidélité réciproque". Les auteurs rappellent le cas de l’Ouganda où des campagnes mettant au premier plan l’abstinence et la fidélité ont fait chuter de façon spectaculaire l’épidémie. Au Kenya, au Zimbabwe, et dans certaines parties de la Côte d’Ivoire, de l’Ethiopie ou du Malawi, les constats ont été les mêmes.

Green et ses collègues proposent une typologie des comportements à risques parmi les relations  régulières. Celle-ci va de la relation de fidélité réciproque et durable (risques très faibles) aux relations avec un ou deux partenaires ayant des relations régulières par ailleurs (risques les plus élevés).

De plus en plus de chercheurs et de responsables politiques considèrent que les politiques de prévention n’ont pas pris en compte le problème des relations multiples. Ils regrettent que l’on ne fasse la promotion que du préservatif car cette politique a échoué dans les régions du sud et de l’est de l’Afrique. Ils demandent que les politiques de prévention et de recherche soient davantage axées sur l’encouragement à réduire le nombre de partenaires et sur la fidélité et souhaitent que des moyens aussi considérables que ceux qui ont étés consacrés à la promotion du préservatif soient mis en œuvre pour développer cette stratégie de changement des modèles de comportements.

Washington Post 29/03/09 – National Review Online 19/03/09 – Liberté Politique (Olivier Noël) 03/04/09

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