Jacques Chirac contre le clonage thérapeutique.

Publié le 9 Fév, 2001

La prise de position publique de Jacques Chirac sur les thèmes, actuellement les plus controversés du débat bioéthique, a marqué, hier, l’ouverture du 2ème Forum mondial Biovision des sciences de la vie à Lyon. Le président de la République s’est prononcé contre le clonage thérapeutique mais en faveur d’une possible recherche encadrée sur les embryons humains surnuméraires. Opposition ferme et exposée en ces mots : le clonage thérapeutique « conduit à créer des embryons à des fins de recherche et de production de cellules, et malgré l’interdit, rend matériellement possible le clonage reproductif et risque de conduire à des trafics d’ovocytes. (…) Il faut bien sûr maintenir l’interdiction absolue de créer des embryons à des fins scientifiques. Les seules recherches qui pourraient donc être autorisées ne devraient donc porter que sur des embryons conservés depuis plusieurs années en application de la loi de 1994 ». Enfin, insiste t-il, il est indispensable « au plan national comme au plan européen de lancer et de financer des programmes de recherche portant sur les cellules souches adultes ». Le chef de l’état se range ainsi ouvertement dans le camp de ceux qui reconnaissent à l’embryon humain sinon un statut de personne, du moins une singularité le distinguant d’une chose. Et pourtant, s’étonne Jean-Yves Nau du  Monde, « il ne pousse pas la logique jusqu’à s’opposer aux recherches sur les embryons ». Le Chef de l’Etat reprend les trois objections majeures déjà émises par les opposants :
    la technique du clonage thérapeutique suppose de créer un embryon alors même que la création d’embryon pour la recherche reste interdite en France. 
    la technique du clonage thérapeutique et celle du clonage reproductif étant la même ; encourager la première revient à développer la technique générale de clonage qui aboutira, nul n’en doute, à créer un jour des clones adultes. 
    cette technique, encore mal maîtrisée, est une grande consommatrice d’ovules avec le risque de dériver, très tôt, à la création de réseaux mercantiles.

Le chef de l’état effectue, ainsi, une analyse similaire à celle de la commission nationale consultative des droits de l’homme et des membres du Comité consultatif national d’éthique qui se sont opposés au projet gouvernemental.
L’objection du président face à ces techniques n’est pas nouvelle. A différentes occasions il l’avait manifestée, notamment en novembre 1999, devant l’Académie de médecine, affirmant « qu’aucun embryon humain ne doit être créé en vue de servir de matériau scientifique ». Puis, lors du premier protocole interdisant le clonage d’êtres humains, ouvert à la signature de 40 états membres, Jacques Chirac exprimait aux comités d’éthiques européens l’importance de se doter, au niveau mondial, de « garanties efficaces ». Sa prudence reste de même vis à vis des biotechnologies qui, explique-t-il, « donne à l’homme les moyens de modifier non seulement les espèces végétales ou animales, mais aussi ses propres caractéristiques génétiques ».
Le 28 novembre dernier, Lionel Jospin annonçait l’avant projet de révisions des lois de bioéthique favorable au clonage thérapeutique. Mais au delà du débat éthique, il est vite apparu que la raison économique prédominait ne prenant pas toujours en compte les rappels des scientifiques inquiets d’une course dont ils ne tiennent pas les rênes. Promue par les uns, refusée par les autres, la discussion sur la législation, et l’autorisation, du clonage thérapeutique dépasse également les sphères habituelles d’une lutte politique droite – gauche. Prenant le contre pied des idées soutenus pas Lionel Jospin, Jacques Chirac lance véritablement la question bioéthique dans le débat politique. Dans un hémicycle perturbé, « le débat parlementaire risque en tout cas d’être politiquement incorrect », note Corinne Bensimon dans Libération. La voix du Président résonne particulièrement d’autant que d’autres voix, nombreuses, commencent à contester le principe du clonage thérapeutique.

Libération 09/02/01 – Le Monde 09/02/01 – Le Figaro 09/02/01 – La Croix 09/02/01

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